Résumé: La CODP a lancé une nouvelle série de balados afin d’explorer les enjeux, les témoignages et les mouvements qui influencent les droits de la personne en Ontario. Le premier épisode présente une conversation entre la commissaire en chef Patricia DeGuire et l’ancien directeur Michael Harris sur la manière dont la CODP s’adapte à cette période de changement.
[Écran titre violet : « Les droits de la personne en Ontario : parlons-en », accompagné d'un logo indiquant « Celebrating 65 » et du logo de la Commission ontarienne des droits de la personne]
Introduction
Voix off: Bienvenue et merci de nous joindre. Ce podcast vous est proposé par la Commission ontarienne des droits de la personne, qui se consacre à la promotion et à la protection des droits de la personne dans toute la province de l'Ontario.
Introduction à l’épisode
[Plan d'ensemble de Jennifer Igbokwe, une femme noire]
Jennifer (animatrice): Je m’appelle Jennifer Igbokwe et je travaille à la Commission ontarienne des droits de la personne. Cette année marque une étape importante : le 65e anniversaire de la Commission. Depuis plus de six décennies, la Commission joue un rôle essentiel dans la protection et la promotion des droits de la personne en Ontario. À travers cette série de podcasts, nous vous invitons, chers auditeurs, à réfléchir à cet héritage, à découvrir l’évolution du travail de la Commission et à mieux comprendre comment la CODP continue de faire progresser l’égalité, la dignité et la justice pour tous.
Avant d'entamer notre discussion d'aujourd'hui, j'ai le plaisir de vous présenter notre invitée.
Notre première invitée est Patricia DeGuire, commissaire en chef de la CODP. Avant d'être nommée commissaire en chef, Patricia, une femme noire, a repoussé les limites pour garantir l'accès à la justice et l'égalité. Patricia a occupé le poste de juge suppléante à la Cour supérieure de justice de l'Ontario au sein de divers tribunaux et commissions, et elle est reconnue pour son talent de médiatrice.
Notre prochain invité est Michael Harris, un fonctionnaire dévoué et ancien directeur général de la CODP, dont la carrière s’étend sur près de quatre décennies. Michael a rejoint la Commission en 1991 et a joué un rôle déterminant dans la transition historique de la CODP, en 2008, vers une approche davantage axée sur les questions systémiques relatives aux droits de la personne. Son leadership a donné naissance à des initiatives marquantes telles que l'enquête sur le profilage racial par le Service de police de Toronto, l'enquête sur le droit à la lecture et le plan d'action contre le racisme envers les Noirs dans l'éducation.
C'est un honneur de les accueillir tous les deux pour ce premier épisode. Allons-y.
[Plan sur trois personnes assises en rang dans une pièce. Michael Harris, un homme noir en costume, se trouve à gauche. Patricia DeGuire, une femme noire vêtue d’un imprimé jaune vif, est au milieu. Jennifer Igbokwe se trouve à droite]
Jennifer : Bonjour Patricia, bonjour, Michael, soyez les bienvenus. C’est votre émission. Soyez les bienvenus, Patricia et Michael. Et un grand merci à vous deux de vous joindre à nous en plein mois de février, alors qu’il fait un froid de canard, mais vous avez tout de même pris le temps de venir. Nous vous en sommes sincèrement reconnaissants, en tout cas, moi je le suis. Cette première question s’adresse donc à Patricia. Patricia, pourquoi pensez-vous qu’il soit pertinent de lancer un balado maintenant?
Patricia : Vous savez, c’est une excellente question. Et en réalité, cela montre à quel point la Commission ontarienne des droits de la personne est à la page, car elle est à l’écoute de la collectivité, notamment en matière de technologies. L’une des questions qui nous préoccupent constamment à la Commission est de savoir comment rester pertinents et toucher tout le monde. Comme vous le savez, l’Ontario compte plus de 16,1 millions d’habitants. Et nous voulons pouvoir toucher tout le monde.
Et la communication est le meilleur outil. Il existe, comme vous le savez, de nombreuses infrastructures de communication. Nous avons aujourd’hui cette fameuse IA, nous avons des réseaux sociaux de toutes sortes. Je crois que je n’oserais même pas citer tous leurs noms tellement il y en a. Nous avons LinkedIn, nous avons X et nous avons Facebook. La Commission entend toucher le public le plus large possible, depuis la naissance jusqu’à… Bon, nous allons nous arrêter là! Mais nous voulons simplement toucher tout le monde pour leur parler de ce que j’appelle une « bonne nouvelle », même si ce n’est pas une nouvelle bonne nouvelle : nous avons le privilège de vivre dans une société démocratique où nous pouvons faire valoir nos droits. Et nous voulons faire savoir à tous que les droits de la personne ne se résument pas à une simple loi. Les droits de la personne nous permettent de prendre conscience de la joie de vivre dans une société démocratique où nous pouvons jouir de nos droits. Et si vous n’avez pas entendu cela auparavant, je tiens à vous le dire. Là où il y a des droits, il y a des responsabilités. En effet, chacun a la responsabilité de veiller à ce que nous favorisions une culture des droits de la personne en Ontario. Et pour chacun, c’est un petit grain de sable ou une goutte d’eau. Et si chacun assume cette responsabilité, notre Ontario sera encore plus beau!
Jennifer : La deuxième question est la suivante : le mandat de la CODP consiste à promouvoir les droits de la personne et à lutter contre la discrimination systémique. La CODP va fêter ses 65 ans cette année. Comment cela s’est-il traduit de 1961 à aujourd’hui? Il s’agit là d’une longue période.
Michael : Je partage les propos de la commissaire en chef concernant les droits de la personne. Pour moi, le mot « personne » résume l’essence même du Code. Il symbolise la valeur de chaque personne. Il symbolise également l’égalité des droits et la dignité dont chaque personne devrait jouir et qu’elle devrait ressentir naturellement.
Jennifer : Patricia, avez-vous quelque chose à ajouter à ce sujet?
Patricia : J’aime bien ce que vous dites, Michael. Et les gens doivent comprendre le concept de « personne » : chacun de nous est une personne. Il s’agit donc de droits inaliénables. Ou bien on pourrait dire que ce sont des droits accordés par Dieu. Ainsi, quand on dit qu’il faudrait adopter des lois, c’est une bonne idée. Mais la loi est une « barrière de sécurité » qui indique aux gens ce qu’ils doivent faire pour respecter les exigences de la loi.
Car si nous n’avions pas de « barrière de sécurité », les gens feraient, vous savez, tout ce qui leur passe par la tête. C’est comme le Code criminel. Ce n’est pas que nous pensions que tout le monde commettrait un crime, mais le Code criminel, comme vous le savez, sert de « barrière de sécurité » pour que les gens puissent comprendre les limites que la société est capable de tolérer, ou qu’elle tolérera, avant d’incarcérer quelqu’un. Donc oui, Michael, ce que vous dites me plaît. C’est ça, cet aspect humain des droits. Et nous sommes heureux... en fait, je suis heureuse aider les gens à jouir de leurs droits. Ce n’est pas... ce n’est pas une punition. C’est célébrer l’humanité, n’est-ce pas? C’est ça : célébrer l’humanité.
Michael : Et ce qui est regrettable, c’est que, comme cela ne s’est pas produit naturellement, il a fallu créer le Code. Nous avions besoin du Code. La province avait besoin du Code. Et donc, vous savez, le Code initial, datant de quand – 1961-1962? Il ne comportait en réalité que six motifs protégés. Il s’agissait de la race, de la croyance, de la couleur, de la nationalité, de l’ascendance et du lieu d’origine. Cependant, le Code a évolué au fil des ans. Lorsque je suis arrivée à la Commission en 1991, le Code existait depuis environ 30 ans
Jennifer : Je ne pense pas qu’il existait déjà à l’époque.
Michael : Oh oui, et la première modification majeure du Code a eu lieu en 1981, après que la Commission eut publié, en 1977, un rapport intitulé « Life Together ». Ce rapport était le fruit d’une vaste consultation menée dans tout l’Ontario sur la question des droits de la personne. Il formulait plusieurs recommandations, notamment l’ajout de motifs au Code. Parmi ces motifs figuraient le sexe, l’âge, l’état civil, la situation familiale et la situation de handicap, qui était alors appelé « handicap ». Et depuis 1981, je suppose que le Code a fait l’objet de plusieurs séries de modifications pour aboutir au Code actuel, tel que nous le connaissons aujourd’hui, qui comprend ces 17 motifs.
Patricia : Je pense que c’est un point essentiel, Michael, car cela montre aux auditeurs que le Code n’est pas figé, qu’il évolue. Et chaque fois que des modifications y sont apportées, c’est pour tenir compte de l’état actuel de notre société. Prenons, par exemple, je ne connais même pas la population de l’Ontario, mais, en 1961, cette initiative a été motivée par la Déclaration universelle des droits de l’homme. C’est vraiment très intéressant, et j’invite les auditeurs à consulter le préambule du Code. Il reflète véritablement la Déclaration universelle des droits de l’homme. Et cela reste d’actualité, car c’est fondamental. Ainsi, même si nous embrassons le changement, certaines choses restent constantes. Et ces éléments constants – vous savez, cette cohérence – renvoient essentiellement à ce que Michael a dit au sujet du fait d’être des personnes. Nous restons donc des êtres humains, des personnes. Mais nous savons aussi que l’Ontario s’est considérablement développé. C’est la première province à avoir adopté un Code des droits de la personne. Depuis, cependant, comme l’a dit Michael, des changements sont intervenus. Et aujourd’hui, nous comptons plus de 16,1 millions d’habitants – peut-être l’un des endroits les plus diversifiés au monde. Alors, pour pouvoir vivre dans une société juste et démocratique, nous devons prendre en considération les intérêts, les besoins et l’inclusion de chacun. Et encore une fois, nous devons également nous rappeler que personne ne mène une vie à accès unique. Nous devons donc considérer la personne dans sa globalité. Comme le disent certaines théories, le tout est plus grand que la somme de ses parties. Mais nous devons tout de même examiner les différents aspects – les différents éléments de la vie d’une personne.
Une personne peut, vous savez, être à la fois de telle religion, d’un tel genre et d’une telle orientation sexuelle. Nous ne pouvons pas nous contenter de dire que nous ne pouvons examiner qu’un seul élément du Code. Nous ne pouvons pas nous limiter à une seule partie du Code. Je peux voir votre genre et les autres éléments qui y sont associés. Il faut considérer la personne dans son ensemble. Et c’est précisément ce que fait la Commission ontarienne des droits de la personne dans le cadre de son engagement en faveur de l’inclusion.
Nous devons adopter une approche inclusive, car l’objectif est de garantir que chaque personne vivant en Ontario – peu importe que vous soyez citoyen ou réfugié, cela n’a pas d’importance – si vous êtes en Ontario, vous êtes un Ontarien, et le Code s’applique à vous. Il est de notre devoir de veiller à ce que chacun puisse jouir de ses droits de la personne. Et cela, à mes yeux, constitue un aspect essentiel de l’inclusion et de l’appartenance.
Michael : Vous savez, lorsque nous réfléchissons à notre situation actuelle et aux choses que nous tenons pour acquises. Vous avez posé une question sur le changement systémique. Vous savez, il fut un temps où la Commission enquêtait, jouait un rôle de médiation et réglait les plaintes, n’est-ce pas? Quoi qu’il en soit, il fut un temps où la Commission traitait entre 2 000 et 3 000 plaintes en moyenne par an.
Jennifer : Wow!
Michael : Elle enquêtait sur ces plaintes, jouait le rôle de médiateur ou les réglait. La Commission a également établi des lignes directrices pour aider les Ontariens à comprendre leurs droits et leurs responsabilités, comme vient de le mentionner la commissaire en chef. Mais en ce qui concerne les changements systémiques, voici quelques éléments que les Ontariens – et notamment de nombreux Ontariens – ignorent peut-être. Nous les observons, mais nous ne connaissons pas leur origine. Il s’agit là de changements systémiques notables qui ont vu le jour grâce au travail de la Commission.
Transports en commun accessibles : aujourd’hui, on entend de plus en plus parler de l’accessibilité des transports en commun, de la nécessité de les rendre accessibles. Cela découle des travaux menés par la Commission par le passé.
Patricia : Et vous savez…
Michael : Donc les annonces que l’on entend dans le métro, elles sont le fruit des travaux de la Commission, vous savez. « Nous sommes maintenant à Bloor » – quelle que soit la station – cela découle du travail de la Commission.
Les adultes – ceux d’entre nous qui ont des enfants – dont l’accès aux appartements et aux copropriétés était interdit parce que ceux-ci étaient réservés aux adultes. Cela vient de la Commission. Il fut un temps où, si l’on avait des enfants, on ne pouvait pas vivre dans certains endroits.
Jennifer : Vraiment?
Michael : Oui, oui, vraiment. On ne pouvait pas vivre dans certains endroits. Cela découle des travaux de la Commission. C’est la Commission qui a interdit cette pratique.
L’utilisation d’animaux d’assistance. Vous savez, cela découle des travaux de la Commission. Le droit d’une mère d’allaiter en public, cela découle des travaux de la Commission. Vous avez dit que j’étais l’ancien directeur général de la Commission ontarienne des droits de la personne. J’ai récemment pris ma retraite par choix. Il fut un temps où, une fois un certain âge atteint, nous n’avions pas le choix. Nous devions prendre notre retraite.
Grâce au travail de la Commission, cette obligation de prendre sa retraite à 65 ans a disparu. C’est le résultat des efforts de la Commission. Voilà donc quelques exemples des changements systémiques qui se sont produits au fil des ans.
Patricia : Michael, je tiens à vous remercier pour ces exemples, car j’ai statué sur bon nombre des situations que vous avez mentionnées en tant que vice-présidente du Tribunal des droits de la personne. Par exemple, l’affaire de la TTC, où le service était également concerné – bien que cela se soit produit dans deux cas distincts. Nous avions le service, le véhicule, et nous avions…
Michael : WheelTrans
Patricia : …WheelTrans, et le métro. Et donc, on constate les changements au fil du temps, de sorte que, même lorsque la Commission a cessé de traiter des cas individuels, elle a continué d’avoir une incidence importante lors de ce changement, lorsque son mandat est devenu systémique. Et elle a fait d’énormes progrès. Vous avez évoqué l’aspect lié au handicap. Vous avez évoqué l’aspect lié à l’âge. Et vous en avez mentionné un autre. Ah, l’âge – il fallait prendre sa retraite.
Michael : Situation familiale – les mères.
Patricia : Et la mère qui allaite. Je me souviens avoir statué sur une affaire; lorsque les parties se sont présentées devant moi, nous avons discuté de la politique, et, comme la Commission avait énoncé cette politique, je l’ai évoquée auprès des parties, et le problème a été résolu sur-le-champ. Sur-le-champ! Au lieu de nous lancer dans l’audience telle que nous l’avions prévue – une audience de trois ou quatre jours –, j’ai abordé le sujet et j’ai dit : « Vous savez, la Commission a pris cette décision après avoir consulté les collectivités et découvert l’incidence de ces règles négatives sur les gens et les mères. » Et l’affaire a été réglée sans audience. Et je pense que cela montre au public que la Commission contribue réellement de manière significative à la paix, à l’ordre et à la bonne gouvernance, ainsi qu’à l’équité de notre société et aux valeurs démocratiques.
Et permettez-moi d’en ajouter un autre. Je suis sûre que vous avez probablement entendu parler du scandale des bains publics. À cette époque, être une personne LGBTQ – c’est-à-dire avoir une orientation sexuelle différente – était tout simplement inacceptable. Les gens perdaient leur emploi, leur logement, pour toutes ces raisons, simplement parce qu’ils avaient un mode de vie différent. Aujourd’hui, grâce à la Commission – pas seulement à la Commission, mais aussi à d’autres personnes. Nous savons que les personnes LGBTQ et bispirituelles continuent de souffrir de discrimination. Mais leur situation est prise en charge dans le cadre des droits de la personne. Et les gens qui en discriminent d’autres en raison de leur orientation sexuelle peuvent se retrouver en très mauvaise posture. Et c’est la raison pour laquelle, encore une fois, je dis que nous devons tous nous traiter les uns les autres en respectant le principe « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». On ne devrait pas avoir à se promener avec une pancarte sur soi en disant : « Soyez gentils avec moi parce que je suis LGBTQ ou bispirituel. » Ou encore : « Maintenez-moi à mon poste, j’ai dépassé l’âge requis. » Je pense qu’il devrait y avoir un engagement – et non une simple mesure de maintien – un engagement enthousiaste à contribuer, à sa manière, au maintien d’une société équitable et juste.
Et permettez-moi d’insister sur ce point. Je dirais que la majorité des personnes qui vivent en Ontario, au Canada, sont venues ici en raison des valeurs dont elles avaient entendu parler ou qu’elles ont découvertes par la suite. Chacun a donc la possibilité de préserver ces valeurs. Ce sont des valeurs si importantes que des gens ont quitté leur lieu de naissance pour venir s’installer ici. Je pense donc qu’il devrait y avoir un geste délibéré et conscient auquel nous devrions contribuer, afin que ce pour quoi nous sommes venus ici puisse perdurer.
Jennifer: Comment la CODP réagit-elle à cette période de changement, par exemple par des initiatives? Que faites-vous pour aider à apporter un semblant d’humanité, si je puis m’exprimer ainsi?
Patricia : Vous savez, je voudrais commencer par aborder un aspect fondamental de notre société. Il s’agit de l’éducation. La Commission ontarienne des droits de la personne a mené de nombreux travaux sur ce sujet au fil des ans. Et cela, et c’est mon interprétation, et je pense qu’elle est juste, l’éducation revêt une importance capitale pour le développement de notre société. Quand je parle de croissance, je parle de croissance personnelle – celle de la personne – de croissance sociétale, ainsi que de croissance politique et économique. C’est un point crucial. C’est pourquoi, ces derniers temps, nous nous sommes penchés sur l’éducation en tant que telle, sur son effet sur les enfants. Nous examinons donc l’éducation de la maternelle jusqu’à n’importe quel niveau. Mais récemment, nous avons décidé de nous pencher sur le droit à la lecture. Et le droit à la lecture – encore une fois, l’alphabétisation est si cruciale dans notre société. Quand j’étais enfant, je pensais que, si l’on ne savait pas lire, on n’était personne. Il s’agit donc de mettre tout cela en œuvre pour préserver les droits des enfants, en particulier ceux des plus vulnérables. Et quand je dis « vulnérables », cela inclut les enfants qui ont des troubles d’apprentissage. Nous avons commencé par nous intéresser aux enfants dyslexiques, mais cela va bien au-delà de la dyslexie. Il s’agit d’enfants présentant différents troubles d’apprentissage et qui sont incapables d’apprendre en raison de barrières sociétales. Par exemple, ceux issus de sociétés multiculturelles où les parents ne parlent pas anglais. Or, au Canada, on parle anglais et français. Et si l’on ne maîtrise pas ces deux langues, on peut se retrouver confronté à des difficultés d’apprentissage à l’école. Ces enfants se heurtent donc à des difficultés. Ils éprouvent également des difficultés parce qu’au sein de leurs propres communautés, ils sont confrontés à de multiples précarités : précarité alimentaire, logement, santé, et scolarisation des enfants. S’ils ne sont pas dans un état d’esprit propice à l’apprentissage, ils se heurtent à des obstacles. Nous avons donc examiné le contexte canadien en matière d’éducation et découvert que la Cour suprême du Canada avait en fait entériné ce que nous savions déjà, à savoir que les enfants ont le droit fondamental d’apprendre. C’est ainsi que cela est devenu le fondement du droit à la lecture. Et je tiens à souligner que je suis très heureuse que cela ait été accepté par le gouvernement de l’Ontario. De nombreux efforts ont été déployés dans ce sens. Par exemple, tout au long du parcours éducatif, il y a « Rêves repoussés », un plan d’action visant à lutter contre le racisme envers les Noirs dans le système d’éducation publique de l’Ontario.
Par conséquent, alors que le droit à la lecture se concentre dans ce contexte sur la maîtrise des lettres et de la phonétique, entre autres, « Rêves repoussés » s’attaque en réalité aux conditions dans lesquelles les enfants sont forcés d’étudier. Et cela constitue en soi un obstacle, car il s’agit d’une situation hautement discriminatoire ou d’un harcèlement auquel ils sont confrontés.
Ce sont donc là des enjeux majeurs pour nous à l’heure actuelle. Et je dirais ici que, pour tout gouvernement de cette planète, lorsqu’il s’agit de se pencher sur la mise en place d’investissements stratégiques, l’éducation doit être la priorité numéro un. Car c’est grâce à l’éducation que l’on construit les économies futures, que l’on développe la main-d’œuvre de demain, etc. Je pense donc que c’est le cas, et j’affirme que la Commission des droits de la personne montre la voie en veillant à ce que nous disposions d’un système éducatif de qualité, non pas pour eux-mêmes, pour leur autonomisation, etc., mais aussi pour s’attaquer aux problèmes systémiques de discrimination et aux problèmes systémiques qui se transmettent véritablement d’une génération à l’autre.
Et je pense que c’est un bon point. Je vais passer la parole à Michael. Michael, tu as peut-être quelques autres éléments à ajouter concernant la vérité et la réconciliation, par exemple. Et également au sujet du dossier de la police.
Michael : Je pense qu’il est important que le public comprenne que la Commission existe.
Jennifer : Oui.
Michael : Et que les faits que la commissaire en chef vient de décrire sont bien réels. J’espère que ce balado aidera le public à comprendre que la Commission existe. Vous savez, Patricia a évoqué tout à l’heure le Code comme un guide, un guide de vie. Vous savez, nous ne devrions pas vraiment avoir besoin d’un Code pour nous guider dans notre façon de vivre, mais, comme nous sommes des êtres humains, nous avons besoin d’un Code. Et nous, à la Commission, sommes là pour aider les gens à comprendre ce Code. Patricia a évoqué « Rêves repoussés », le droit à la lecture. Pour moi, ce qui ressort de ces deux éléments… Et vous avez parlé de la police de Toronto et du racisme envers les Noirs dont elle a fait preuve au cours de l’histoire. Il y a la vérité et la réconciliation. Il y a un autre rapport intitulé « Enfances interrompues », qui traite du placement forcé d’enfants, principalement noirs et autochtones, par les services sociaux. Ce sont là des situations contre lesquelles la Commission lutte. Pourquoi? Parce que nous ne devrions être soumis à aucune forme de discrimination. En fin de compte, c’est de cela qu’il s’agit. Nous devrions pouvoir bénéficier d’un système éducatif exempt de discrimination. Nous devrions pouvoir bénéficier d’un système policier exempt de discrimination. Nous devrions pouvoir bénéficier d’un système de services exempt de discrimination, où qu’il se trouve. Nous devrions pouvoir vivre dans une société exempte de discrimination. Et c’est pour cela que la Commission existe. Et ce sont là quelques-uns des combats que la Commission continue de mener. Aujourd’hui.
Patricia : Mais il y a tout de même un aspect positif à cela. La Commission – dans tout ce débat où l’on évoque le droit à la lecture, « Rêves repoussés » et la police de Toronto – a constaté que, pour aider les personnes concernées, en particulier les responsables, à se conformer au Code, elle mettait en place des outils destinés à les aider à comprendre « quelles sont leurs obligations ». Et ce n’est pas tout : elle fournit également des outils pour une approche préventive des droits de la personne. Par exemple, dans une entreprise, on va élaborer ou créer une nouvelle politique. Cette approche fondée sur les droits de la personne guidera le personnel dans la définition des éléments à inclure dans cette politique, de sorte qu’au début, on soit en mesure d’intégrer les concepts des droits de la personne dans les activités de l’entreprise. On agit ainsi de manière préventive. Et je crois sincèrement qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Il y a un autres aspect auquel la Commission ontarienne des droits de la personne accorde une grande importance, Michael : la collaboration.
Nous collaborons en permanence avec nos partenaires. Même dans le cadre de la conception d’outils, nous travaillons en collaboration avec le Bureau du commissaire à l’information et à la protection de la vie privée pour élaborer conjointement des lignes directrices à l’intention du gouvernement sur la manière d’aborder l’IA aujourd’hui. Le gouvernement de l’Ontario a ses propres directives, et la Commission ontarienne des droits de la personne ainsi que le Bureau du commissaire à l’information et à la protection de la vie privée ont établi ensemble des principes qui, lorsqu’on les utilise conjointement, constituent de véritables outils pour prévenir la discrimination par l’IA. Nous sommes donc simplement, disons, dans le présent.
Michael : Cela montre que la Commission est à l’écoute de la collectivité.
Patricia : Oui, nous sommes à l’écoute de la collectivité. Et nous y prenons plaisir, car nous intervenons également auprès d’autres secteurs gouvernementaux. Nous établissons des relations avec les ministères et les aidons à comprendre, avant même qu’ils ne se lancent, comment s’y prendre. Et je pense que Michael a soulevé un point important que je tiens à souligner. On qualifie souvent la Commission de « organisme de surveillance ».
Jennifer : Oui.
Patricia : Mais je dirais qu’un organisme de surveillance doit être attentif aux besoins en matière de droits de la personne dans nos collectivités, afin d’encourager les gens à suivre cette voie. Il ne doit pas simplement imposer des règles ni fonctionner comme une institution qui joue au chat et à la souris. Les droits sont trop précieux pour qu’on se contente de les faire respecter en tapant sur la tête des gens. Nous aimons montrer aux gens l’importance de ces droits et les aider à les intégrer, à les inclure dans le travail qu’ils accomplissent, que ce soit dans le secteur public ou privé, que ce soit dans le domaine du logement ou dans celui des services de police. C’est vraiment ainsi que la Commission ontarienne des droits de la personne souhaite que le public la perçoive : comme une entité qui aide les gens à profiter de la vie, et non comme une entité qui les pousse à se conformer.
Michael : en les obligeant…
Patricia : par des règles.
Michael : Et il faut aussi leur expliquer en quoi ces droits leur sont bénéfiques.
Patricia : Exactement.
Michael : Ce n’est donc pas seulement pour les autres, mais aussi pour vous. Vous bénéficiez vous aussi de ces droits.
Patricia : C’est vrai. C’est vrai. Les droits, c’est donc l’affaire de tout le monde.
Michael : De tout le monde.
Patricia : L’affaire de tout le monde.
Jennifer : Que pensez-vous tous les deux que les 65 prochaines années réservent à l’avenir de la Commission et de la Loi sur les droits de la personne?
Patricia : [rires] 65 ans? J’espère qu’à ce moment-là, je serai au paradis!
Michael : [rires] C’est une longue période!
Jennifer : [rires]
Patricia : Mais, tant que nous sommes encore sur Terre, nous avons toujours le même engagement à lutter contre la discrimination systémique. Et, vous savez, nous sommes des êtres humains. Chacun d’entre nous est susceptible de commettre des erreurs. C’est pourquoi nous devons toujours disposer de moyens pour préserver ce que nous avons. Nous souhaitons donc mettre davantage l’accent sur la responsabilité et l’évaluation des résultats. Nous allons élargir notre collaboration et nos partenariats. Et j’ai hâte d’en arriver au point où les gens m’appelleront pour me dire : « Vous savez, je travaille sur un grand projet éducatif. Je voudrais que la Commission ontarienne des droits de la personne vienne travailler avec nous. Nous voulons votre expertise! Et nous allons payer pour tout cela. » Ce serait une musique douce à mes oreilles. Et il y a aussi un point important que je tiens à souligner : j’ai remarqué, dans le cadre de mon travail de prise de pouls à l’échelle mondiale, que les collectivités jouent un rôle de plus en plus important dans la résolution des problèmes systémiques de toutes sortes.
J’espère donc que nous pourrons renforcer notre engagement auprès des collectivités. Je constate aujourd’hui que, lorsque nous avons travaillé sur le projet concernant la police de Toronto, nous avons organisé une consultation communautaire. Pour le projet « Le droit de lire », nous avons tenu une table ronde. Et pour « Rêves repoussés » également, une consultation communautaire. Et savez-vous pourquoi c’est une bonne idée? Nous sommes de simples serviteurs au service de l’intérêt public. Nous ne pouvons savoir ce qui est important pour le public que si nous communiquons avec lui et lui donnons la possibilité de contribuer à la création de ces services ou de ces mesures, qui, selon nous, sont nécessaires au maintien de notre société. Et donc, cette inclusion… quelle que soit la manière dont on l’envisage, tout est question d’inclusion… d’inclusion. Et comme nous sommes une société si diversifiée, nous parlons d’inclusion et de diversité, car l’aspect central du Code et de notre Charte des droits et libertés concerne l’égalité réelle. Ainsi, lorsque nous mobilisons la collectivité, nous sommes également en mesure d’identifier les personnes qui auraient besoin d’un traitement différent, car c’est là tout le sens de l’égalité réelle : offrir à chacun des chances égales. Et parfois, nous devons traiter les gens différemment pour qu’ils puissent atteindre l’égalité réelle. Il ne s’agit donc pas de… comment l’exprimeriez-vous? De la discrimination à rebours? Absolument pas! Il s’agit de donner aux citoyens cette merveilleuse occasion d’aider leurs frères et sœurs, ou qui que ce soit d’autre. Je pense donc que l’avenir regorge de possibilités. Et cela inclut également tous les jeunes. Oh! comme j’ai à cœur d’imprégner notre jeunesse des droits de la personne et de la rendre tout aussi passionnée par ce sujet, peut-être sous un angle différent, mais tout aussi passionnée!
Nous les incitons donc à utiliser les réseaux sociaux de toutes les manières possibles. Mais nous devons garder à l’esprit que, compte tenu de notre société, qui regroupe 16,1 millions de personnes venues du monde entier, la diversité est une réalité. Et nous voulons nous sentir intégrés. Les gens sont venus ici parce qu’ils veulent s’intégrer. Je pense donc que nous devons nous appuyer sur cette égalité de fond. C’est très intéressant, Michael. Ce concept d’égalité réelle. Rassembler les collectivités et responsabiliser les gens quant à leur comportement afin de créer ce fort sentiment d’appartenance. Je crois que, dans l’une des provinces du pays ou l’une des villes de l’Ontario, on dit que la diversité est notre force, mais nous ne pouvons être forts que si nous respectons ce principe.
Jennifer : Et donc oui, notre dernière question pour aujourd’hui, puisque vous êtes tous les deux nos invités, nous aimerions vous demander s’il y a un message ou quelque chose que vous aimeriez dire à la population ontarienne.
Patricia : Je tiens à rappeler à la population ontarienne à quel point elle a la chance de vivre dans une société démocratique où elle peut jouir de ses droits. Notre société démocratique en est le fondement. Les droits de la personne constituent le socle d’une société où chacun peut apporter une contribution pleine et entière, au meilleur de ses capacités. Je n’ai jamais vu notre démocratie, dans la culture occidentale, tergiverser autant sur cette question. Je suis une insomniaque incurable et cette situation aggrave mon insomnie : je me demande si les gens comprennent à quel point la démocratie est importante. Nous pouvons aller à l’école. Nous pouvons pratiquer notre religion et faire nos achats où nous le souhaitons. Certes. Mais ce n’est pas une société parfaite grâce à notre démocratie. Et parce que, encore une fois, je ne saurais trop insister sur l’importance des droits de la personne pour notre démocratie. Nous devons faire preuve de courage pour défendre notre démocratie. Nous devons veiller à ne pas jouir égoïstement de nos droits au détriment de ceux qui ne jouissent pas des leurs. C’est pourquoi je rappelle vraiment à chacun d’adopter une approche fondée sur les droits de la personne dans tout ce qu’il entreprend. C’est véritablement la vision du Code. Et vous pouvez y parvenir. Commencez par vous-même. La conscience de soi. Que puis-je apprendre ou désapprendre? Comment puis-je transmettre mes connaissances à d’autres personnes? Or, il faut commencer par soi-même.
Michael : Nous vivons dans un monde en pleine mutation. Nous vivons dans un pays en pleine mutation. Nous vivons dans une province en pleine mutation. La valeur d’un être humain ne devrait jamais changer, où que l’on aille. Je crois, madame la commissaire en chef, que vous avez mentionné tout à l’heure que les gens quittent leur pays d’origine pour venir au Canada, en raison des valeurs que ce pays prône. Lorsqu’ils arrivent ici, ils doivent voir cette valeur ou ces valeurs en action. Je vous dirais ceci : pensez à vos rêves d’une société sûre et respectueuse pour vous, vos enfants et votre famille. Ensuite, j’ajouterais : pensez à la même chose pour les autres, car eux aussi rêvent d’une société sûre et respectueuse pour eux et leur famille.
Patricia : C’est tellement éloquent, Michael.
Michael : 16,1 millions d’Ontariennes et Ontariens, 16,1 millions, vous savez, laissez-moi formuler les choses ainsi. Nous sommes de nombreux peuples – et j’utilise délibérément le terme « peuples » – vivant dans un seul Ontario. Mais nous pouvons former un seul peuple vivant dans un seul Ontario si nous faisons simplement preuve de respect pour la valeur de la vie humaine.
Jennifer : Je pense que cette discussion est pertinente. Et comme vous l’avez dit, le monde connaît tant de changements, mais le concept des droits de la personne ne devrait pas changer. Comme l’a dit Patricia, il devrait s’améliorer, n’est-ce pas? Et je pense que c’est vraiment une belle façon de conclure notre premier épisode. Je vous remercie donc tous les deux d’avoir pris le temps de venir ici et d’offrir à nos auditeurs un aperçu – ou un préambule, si je puis dire – de ce pour quoi la Commission se bat chaque jour, se bat actuellement et continuera de se battre. N’est-ce pas? Car, à l’instar de Patricia, je crois moi aussi que c’est une excellente façon d’investir de notre temps.
Je veux dire, à nos auditeurs qui nous écoutent, j’espère que vous avez aimé entendre nos incroyables invités. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup appris, et j’espère que vous avez acquis une meilleure compréhension du travail que la Commission accomplit chaque jour à la Commission ontarienne des droits de la personne.
Ce n’est donc que le début. Il y a encore beaucoup à découvrir. Nous avons d’autres histoires à raconter. D’autres épisodes sont à venir, espérons-le. Et oui, nous avons d’autres réflexions à vous transmettre. Merci beaucoup. Prenez soin de vous et restez au chaud!
Fin
[Diapositive violette : « Merci de votre écoute », accompagné de l'inscription « Célébrons nos 65 ans » et du logo de la Commission des droits de la personne de l'Ontario (OHRC)]
Voix off: Merci de votre écoute. Pour en savoir plus sur la manière dont vous pouvez contribuer à faire progresser les droits de la personne en Ontario, rendez-vous sur ohrc.on.ca/fr et suivez-nous sur les réseaux sociaux pour recevoir des mises à jour et accéder à des ressources. Abonnez-vous à ce podcast et partagez-le avec votre entourage pour poursuivre la conversation. Ensemble, nous pouvons bâtir une province où les droits de la personne sont respectés pour tous. À la prochaine.
