Language selector

Social Media Links FR


Facebook CODP Twitter CODP

Points de vue sur l’expérience canadienne (fiche)

Page controls

Page content

En octobre 2012, la Commission ontarienne des droits de la personne (CODP) a mené une enquête en ligne pour en savoir plus sur les expériences des demandeurs d’emploi et des employeurs vis-à-vis des exigences d’expérience canadienne. L’enquête n’avait pas de visée statistique – il s’agissait de donner aux demandeurs d’emploi et aux employeurs la possibilité de parler respectivement des obstacles auxquels ils ont fait face et des motifs qui les ont poussés à conserver ou à supprimer les exigences d’expérience canadienne. Nous avons inclus de nombreux récits et commentaires des répondants à l’enquête dans notre nouvelle Politique sur la suppression des obstacles liés à l’« expérience canadienne ». Dans les sections suivantes, nous soulignons certains thèmes abordés de façon récurrente et citons quelques-uns des propos les plus poignants qui ont été tenus par des personnes ayant fait l’objet de discrimination parce qu’elles n’avaient pas d’expérience canadienne.

À propos de l’enquête[1]

Nous avons diffusé l’enquête, disponible en français et en anglais, au sein du réseau de la CODP incluant plus de 260 organismes communautaires et professionnels en Ontario qui œuvrent auprès des nouveaux arrivants et 276 organismes qui ont accès à des réseaux d’employeurs (comme les chambres de commerce, les organismes du secteur privé et les associations de développement des entreprises et des petites entreprises). Nous avons également utilisé des médias imprimés, électroniques et sociaux pour transmettre le message.

Nous imaginions obtenir une centaine de réponses; aussi, quelle ne fut pas notre surprise de constater que près de 1 000 personnes, dont plus de 130 employeurs, ont fait part de leur point de vue. Il est impossible de tirer des statistiques valables d’une enquête volontaire à réponses ouvertes – on peut imaginer que de nombreuses personnes y ont répondu parce qu’elles ont fait face à des obstacles liés à l’expérience canadienne. Une conclusion essentielle s’impose toutefois – le nombre important de réponses confirme le fait que la discrimination fondée sur le manque d’expérience canadienne constitue un problème grave pour de nombreux nouveaux arrivants.

Paroles de demandeurs d’emploi…

Les demandeurs d’emploi ayant fait face à des obstacles liés à l’expérience canadienne viennent des quatre coins du monde, notamment des pays suivants :

  • Inde
  • Philippines
  • Pakistan
  • Colombie
  • Iran
  • Chine
  • Jamaïque
  • Émirats arabes unis
  • Égypte
  • Etats-Unis
  • Bangladesh
  • Royaume-Uni
  • Venezuela
  • Pérou
  • Turquie
  • Mexique
  • Nigeria
  • Jordanie
  • Sri Lanka

Les répondants ont signalé que les exigences d’expérience canadienne ont constitué des obstacles dans de nombreux domaines différents pour obtenir ou conserver un emploi correspondant à leurs compétences.

Envoi d’une demande d’emploi

« J’estimais avoir les qualifications et l’expérience nécessaires pour le poste, mais je n’ai même pas obtenu une entrevue. Dès que j’ai cessé de préciser dans ma lettre de présentation que j’étais un nouvel immigrant, mes chances d’obtenir une entrevue se sont améliorées. »

« Je pense que ma demande aurait reçu un bien meilleur accueil si j’avais un nom anglicisé. J’ai un nom à consonance ethnique qui est courant chez les personnes d’origine indienne. »

Refus de reconnaître des titres de compétences ou des programmes de formation internationaux pertinents

« Je suis titulaire d’une maîtrise en gestion des soins de santé et j’ai 13 années d’expérience professionnelle en Malaisie et en Inde. J’ai fait évaluer mes titres de compétences par [World Education Services] (WES)- Canada et […] j’ai une équivalence de maîtrise au Canada. »

« […] j’ai présenté ma candidature à plus de 500 postes dans le secteur de l’agriculture/ environnement, mais elles ont toutes été refusées parce que je n’ai pas d’expérience canadienne dans mon domaine, alors même que World Education Services-Toronto a reconnu l’équivalence de mes titres de compétences universitaires par rapport à un diplôme canadien. »

Refus d’une expérience internationale pertinente

« Comme j’ai travaillé dans les ressources humaines et pour un projet de l’ACDI en Inde – juste avant de venir ici – je pensais que ces compétences étaient transférables […] puisque j’utilisais les systèmes canadiens. Mais c’était toujours le même refrain : “Avez-vous travaillé au Canada?”. »

« Le directeur des opérations a envoyé un courriel à son homologue au Canada, tout indiquait que ma carrière allait continuer de progresser […] dans ma nouvelle patrie (le Canada), mais je me trompais. […] Je venais de la même société, j’avais la même formation que le personnel commercial au Canada, je connaissais et je gérais tous les produits du catalogue de l’entreprise, mais tout cela n’avait pas d’importance, car en définitive je n’avais pas cette fameuse expérience canadienne et je ne savais pas comment on […] fait affaire ici. »

Obligation d’accepter un emploi de premier échelon ou bénévole

« […] pharmacien au Japon, pourtant cette expérience n’est pas du tout prise en compte – on m’a demandé de travailler bénévolement (sans rémunération), puis comme assistant au salaire minimum. Mon expérience n’entrait pas en ligne de compte pour définir mon rôle/salaire, mais l’employeur en tirait volontiers parti chaque fois que c’était à son avantage […]. »

« […] On m’a proposé un poste non rémunéré en me promettant que je toucherai un salaire après 5-6 semaines, mais cette promesse ne s’est jamais concrétisée. Cela m’a donné l’impression que cette entreprise recourait abusivement aux postes de bénévole et se plaignait du manque d’expérience canadienne pour inciter les professionnels à accepter de travailler gratuitement. »

Difficultés liées aux processus d’obtention de permis et aux organismes de réglementation

« [il] est très compliqué d’obtenir une certification dans ma profession, car l’organisme de réglementation impose de nombreux obstacles; c’est donc un cercle vicieux. »

« Dans toutes les professions et tous les domaines d’emploi, la délivrance de permis cause également des problèmes qui se perpétuent avec l’aide indirecte des secteurs concernés. Le […] processus est lourd, long et jonché de tous les obstacles possibles sous prétexte de fournir des gages de qualité et de sécurité. »

« Surqualification »

« Quand j’ai obtenu le statut de résident permanent, le premier conseil que m’ont donné différents gestionnaires de ressources était de supprimer toute l’expérience professionnelle et la formation acquises aux Pays-Bas parce que j’étais surqualifié et qu’elles n’étaient pas prises en compte pour des postes similaires dans mon domaine d’expérience […] »

« Il arrive parfois qu’on dise que vous êtes surqualifié. Le fait est que si un candidat ne cite pas le nom d’une organisation établie à Toronto ou au Canada, son curriculum vitæ finit directement à la poubelle. »

Références et liens locaux

« Ils demandent des références et des recommandations canadiennes. Le réseautage et les personnes-ressources sont un moyen intelligent de faire en sorte que les immigrants n’occupent pas les emplois les mieux rémunérés. ON APPELLE ÇA DE LA DISCRIMINATION SYSTÉMIQUE! »

« […] et puis le sujet est soulevé pendant l’entrevue ou bien, lorsqu’ils vous demandent des références et que vous avez travaillé à l’étranger, ils insistent quand même sur le fait que seule une référence locale peut être légitime. »

Impossibilité de vérifier les références et le casier judiciaire des nouveaux arrivants

« Ils disent préférer les candidats ayant une expérience locale, car il leur est difficile de vérifier les références des professionnels formés à l’étranger. »

« On m’a demandé une expérience canadienne et j’ai dû faire vérifier mon casier judiciaire par le service de police local. Comme le service de police n’a pu donner aucun renseignement me concernant (cela faisait juste quatre semaines que j’avais atterri), je n’ai pas pu obtenir le poste pour lequel j’étais qualifié […] »

Compétences linguistiques réelles ou perçues

« En ce qui me concerne, je crois qu’il s’agit plutôt de montrer que je maîtrise l’anglais. Je dois prouver que, même si je n’ai pas fait mes études à Toronto, je suis capable de travailler et en particulier d’écrire en anglais. »

« Culture canadienne »

« Les employeurs ont le sentiment que je ne suis pas encore intégré à la société canadienne et que je ne connais pas sa culture. »

« Mon point de vue est que les employeurs pensent que les nouveaux arrivants ne sont pas en mesure de s’acquitter efficacement de leurs tâches quotidiennes, car elles [ces tâches] doivent s’articuler autour des mœurs et coutumes “canadiennes”. De plus, les employeurs estiment que les personnes originaires d’un pays étranger ne connaissent pas les principes de l’éthique du travail au Canada et se montrent réticents à recruter des nouveaux arrivants […] »

« D’une certaine façon, les employeurs croient que mon pays est à la traîne au plan technologique ou que les modes de fonctionnement y sont radicalement différents de ceux en vigueur ici au Canada. »

Paroles d’employeurs…

Les employeurs estiment que les secteurs d’emploi et les métiers suivants nécessitent une expérience canadienne :

  • Enseignement
  • Counseling (y compris dans les domaines des affaires et de l’emploi)
  • Gestion de projet
  • Comptabilité
  • Maintenance ou production (fabrication de produits chimiques)
  • Postes de gestion
  • Services d’établissement
  • Travailleurs sociaux
  • Services communautaires
  • Médecins
  • Profession infirmière
  • Diététistes
  • Personnel administratif
  • Secrétariat médical
  • Réceptionnistes
  • Tourisme
  • Services à la clientèle
  • Services aux membres
  • Formateurs et concepteurs pédagogiques
  • Postes dans une entreprise de nettoyage
  • Scientifiques
  • Recherche postdoctorale
  • Directeurs généraux.

Veuillez noter que nous n’avons pas inclus ici le nombre d’occurrences de chacun de ces secteurs/métiers. L’objectif est plutôt de montrer la grande diversité des postes concernés à l’échelle de l’Ontario. Voici quelques-uns des motifs justifiant l’exigence d’une expérience canadienne qui ont été cités par les employeurs :

1. Nécessité d’avoir une bonne connaissance de la « culture canadienne » (incluant les pratiques, les politiques, la législation, les normes, etc.)

« [L]es nouveaux arrivants qui n’ont pas d’“expérience canadienne” font courir un risque maximum, car ils sont nombreux à ne pas bien s’adapter à leur nouveau milieu de travail et parce qu’il peut être difficile voire gênant pour eux d’essayer de “s’intégrer” et, dans certains cas, pour leurs collègues de chercher à les aider en la matière. Il est fréquent qu’un nouvel arrivant qui se sent offensé ou qui estime que l’entreprise n’en fait pas assez pour l’aider invoque le racisme ou la discrimination – ce à quoi aucun employeur ne veut être confronté. Les risques et les désagréments sont trop élevés compte tenu du nombre de nouveaux arrivants qui se portent candidats […] »

« Un candidat à l’emploi peut certes avoir des compétences solides correspondant au poste, mais s’il n’est pas capable de communiquer ou s’il ne comprend pas qu’un manque de connaissances culturelles est susceptible d’entraîner différents types de mauvaise communication, cela peut être problématique et risqué. Ainsi, le fait d’exiger une expérience dans un milieu de travail canadien est en réalité un critère qualitatif qui met le candidat en bonne position pour réussir plus rapidement.» 

« Un formateur peut rencontrer de grandes difficultés s’il n’est pas en mesure de communiquer ou de comprendre les non-dits ou la façon de prendre en charge des personnes qui peuvent être des femmes sûres d’elles et volubiles. Les expériences ethniques/culturelles susceptibles d’influencer la façon dont une personne fournit ou élabore des supports de formation peuvent être infinies […] »

2. Nécessité d’avoir des compétences linguistiques et en communication

« Nous avons besoin d’employés maîtrisant le français ou l’anglais pour pouvoir travailler à tous les échelons d’une entreprise en Amérique du Nord […] »

« […] directement lié à un manque de compétences linguistiques en français ou en anglais […]»

3. Connaissance des pratiques opérationnelles au Canada (notamment des politiques, des lois, des procédures, des exigences de qualification, etc.)

« Il faut connaître les exigences relatives à l’obtention d’un prêt hypothécaire au Canada, savoir pourquoi il est à la fois insuffisant de soumettre une lettre d’emploi manuscrite et nécessaire de présenter des bulletins de paie officiels, etc. On dirait que les autres pays ne suivent pas de règles, ils parviennent à les contourner, alors que le Canada prévoit des règles strictes et précises pour éviter la fraude, le risque, etc. »

« […] gestionnaire des ressources humaines – il faut connaître la législation canadienne, les pratiques de RH et les nuances en la matière. Si le candidat a une formation dans le domaine, nous examinerons son dossier. »

4. Nécessité d’avoir suivi une formation ou un enseignement spécifique

« À l’époque, nous avions besoin d’une personne maîtrisant ACCPAC et le module de gestion de la paie ACCPAC Payroll […] »

« […] et, de préférence, ayant fait ses études ici. »

5. Nécessité d’avoir des références et des liens locaux

« Il n’y a aucun moyen de vérifier les références à l’étranger […] »

« […] relations avec le milieu des affaires. »

Pour de plus amples renseignements

Pour obtenir de plus amples renseignements ou pour consulter la Politique sur la suppression des obstacles liés à l’« expérience canadienne » de la CODP, consultez notre site Web : www.ohrc.on.ca/fr.


[1] Les réponses à cette enquête sont toutes fournies au masculin, étant donné qu’il n’a pas été demandé aux personnes interrogées de préciser leur sexe.