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3. Le racisme et le profilage racia

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Quand la Commission et Metro Toronto Chinese and Southeast Asian Legal Clinic ont établi une ligne téléphonique d’urgence pour faire enquête sur les présumées agressions contre les pêcheurs canadiens d’origine asiatique, la Commission a entendu de nombreux récits de harcèlement se fondant sur la race, harcèlement qui allait de la violence verbale à la destruction du matériel de pêche en passant par des lancers de pierres. Dans certains cas sur lesquels la police a fait enquête, il y a avait eu violence physique. Pendant ses réunions avec divers organismes et particuliers pour envisager des solutions, la Commission a pris connaissance d’autres dénonciations de harcèlement se fondant sur la race contre des Canadiens d’origine asiatique.

Dans la région de York, la police a lancé le projet Fisher, une opération d’une durée de 30 jours pendant laquelle des policiers canadiens d’origine asiatique en civil ont pêché de nuit sous un pont où plusieurs incidents s’étaient déroulés. La Commission a appris que la première nuit, dans les quelques heures qui ont suivi la mise en place de l’opération, les policiers ont été la cible de commentaires racistes proférés par des automobilistes qui passaient sur la route. Deux autres organismes ont signalé à la Commission des incidents où des commentaires racistes étaient dirigés contre des pêcheurs canadiens d’origine asiatique, l’un des intervenants ajoutant que ce genre d’incidents existait de longue date et était courant.

Ces témoignages, conjugués aux incidents déjà enregistrés, dénotent la gravité des sentiments anti-asiatiques chez certaines personnes de différentes régions de l’Ontario, sentiments qui semblent s’ancrer dans les stéréotypes qui prévalent à propos des Canadiens d'origine asiatique et la pêche.

Profilage racial et perceptions erronées à propos de la pêche

La Commission définit le profilage racial comme toute action prise pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de protection du public qui repose sur des stéréotypes fondés sur la race, la couleur, l’ethnie, l’ascendance, la religion ou le lieu d’origine plutôt que sur un soupçon raisonnable, dans le but d’isoler une personne à des fins d’examen ou de traitement particulier. Ces stéréotypes ne sont pas toujours déclarés, car il arrive que des personnes les fassent leurs inconsciemment ou sans se poser de questions faute d’avoir peu d’information, ou encore en raison de malentendus et de perceptions erronées.
Pendant toute l’enquête, le fait que certaines personnes aient adopté les clichés selon lesquels les Canadiens d'origine asiatique sont plus susceptibles que des personnes d’autres communautés de pêcher de façon excessive, dans des sanctuaires ou sans permis ou encore de se livrer à des activités contraires à la loi a préoccupé la Commission. En outre, la Commission s’inquiétait de ce que ces stéréotypes servent à « expliquer » ou à justifier les agressions signalées. Le profilage racial survient lorsque des personnes optent pour les stéréotypes qui courent à propos des Canadiens d'origine asiatique et la pêche illégale et s’en servent pour surveiller ces derniers de très près, exercer une discrimination contre eux, voire les violenter (ce qu’on appelle le phénomène du justicier). Ce genre de comportement discriminatoire contrevient à la loi et il faut faire passer des messages forts pour dire qu’il n’est pas toléré.

Comme l’indiquait le rapport préliminaire de la Commission, rien ne prouve que les Canadiens d'origine asiatique sont plus susceptibles de pêcher illégalement que des personnes de toute autre communauté. Dans les incidents sur lesquels la police a récemment fait enquête, celle-ci n’a trouvé aucune preuve suggérant que les victimes s’adonnaient à des activités contraires à la loi.

D’après la Commission, la solution n’est pas de se concentrer sur les règlements de pêche pour régler le problème, car on s’éloigne alors du débat et on minimise le vécu des pêcheurs qui ont fait l’objet de harcèlement.

Certaines personnes qui se sont présentées pendant l’enquête ont affirmé que ce ne sont pas des stéréotypes qui les amènent à dire que les Canadiens d'origine asiatique pêchent de façon excessive, mais le fait d’en avoir vu certains attraper une grande quantité de poisson. D’autres personnes estimaient, en revanche, qu’il s’agit d’une perception erronée qui peut donner lieu à des idées toutes faites. Selon ces personnes, à la vue de Canadiens d'origine asiatique en train de pêcher en grande quantité des petites variétés de poissons, différentes de celles normalement pêchées dans les lacs et les rivières de l’Ontario, on peut avoir une perception erronée de la situation. En effet, dans le cas de beaucoup de ces petits poissons, les limites des prises sont plus élevées. Voilà comment on en arrive à penser que les Canadiens d'origine asiatique pêchent en quantité excessive.

De toute façon, même si une personne transgresse la loi, cela ne donne à personne le droit de la traiter avec violence ou de la maltraiter. Quand la race entre en ligne de compte, un tel traitement est toujours considéré comme une forme de profilage racial. Quand une personne racisée qui contrevient à la loi est assujettie à de mauvais traitements ou à de la violence, on peut se demander si une personne non racisée ferait l’objet de la même surveillance et du même traitement dans des circonstances comparables.

Il est important de faire la distinction entre un crime haineux et le profilage racial. Comme on l’a indiqué plus haut, le profilage racial peut se manifester de façon subtile. Il peut arriver qu’une personne ne se rende pas entièrement compte qu’elle agit en fonction de stéréotypes qui affublent de caractéristiques de groupe des personnes d’origines différentes. Par contre, les crimes haineux exigent un motif manifeste.

Pendant les réunions, divers organismes et particuliers ont exprimé à la Commission les inquiétudes que suscitent le manque d’accès publics à de nombreuses voies d’eau, la baisse des populations de poissons et la pêche que pratiquent illégalement, selon les dires, des membres de toutes les communautés. La Commission a appris que des institutions responsables, comme le ministère des Richesses naturelles et différentes municipalités, étudient avec sérieux ces dossiers pour veiller à ce que l’accès aux zones de pêche et aux ressources soit équitable. La Commission insiste pour que le dialogue à propos de ces problèmes se poursuive, étant bien entendu qu’aucune communauté ne doit en porter la responsabilité et que les membres de toutes les communautés doivent profiter des progrès accomplis dans ces secteurs.

Dans le cadre de leurs activités de sensibilisation et de rayonnement, les organismes provinciaux et locaux ont un rôle clé à jouer dans le combat à mener contre les attitudes et les stéréotypes négatifs qui prévalent à propos des Canadiens d'origine asiatique et la pêche. La Commission a recherché auprès du ministère des Richesses naturelles, de la Ontario Federation of Anglers and Hunters et de la Ontario Chinese Anglers Association des garanties qui visent à lutter contre les stéréotypes, à régler le problème du profilage racial, à faire passer de forts messages dans la population sur le fait que le racisme ne doit pas être toléré et à trouver des systèmes de soutien pour les personnes qui sont en butte à des actes motivés par la haine.

Rapport du Groupe de travail communautaire pour la lutte contre le crime haineux

Lorsqu’à la fin du mois de septembre 2007, les grands médias de langue anglaise ont commencé à parler des attaques dont avaient fait l’objet des pêcheurs canadiens d'origine asiatique, de nombreux groupes communautaires, y voyant des crimes haineux,[3] les ont rapidement condamnés et les forces de police en ont saisi leur Unité de lutte contre les crimes haineux respective. L’inquiétude était double, car il semblait non seulement que les Canadiens d'origine asiatique, ou des personnes qui pêchaient avec eux, étaient la cible de ces attaques, mais aussi que, dans certaines régions, les déclarations d’agression faisaient état de qualificatifs racistes proférés contre des Canadiens d'origine asiatique.

Des incidents motivés par la haine ont un effet glaçant sur toute la population. L’effet qu’ils ont eu dans la communauté canado-asiatique a été clairement indiqué à la Commission lors de son enquête ainsi que dans les médias d'information. De nombreuses personnes ont dit avoir changé de comportement pour se mettre davantage en sécurité et d’autres que ces évènements avaient déclenché une « atmosphère de peur » parmi les Canadiens d'origine asiatique. On a aussi entendu dans les médias d'information que certains Canadiens d'origine asiatique étaient « terrifiés » à l’idée d’aller pêcher.[4] D’autres ont exprimé le même genre de sentiments à la Commission.

Ces incidents montrent les profondes conséquences de la haine et des crimes tendancieux sur les communautés touchées et il en ressort qu’il faut prendre des mesures rapides et efficaces. Il semble que, dans le cas de ces incidents, les Canadiens d'origine asiatique aient été la cible d’actes motivés par la haine; toutefois, d’autres groupes que protègent le Code des droits de la personne sont victimes d’incidents motivés par la haine, dont les Autochtones, les Canadiens d’origine africaine, les lesbiennes, les homosexuels, les bisexuels, les transgenres et les intersexués, les juifs, les musulmans, les Arabes, les membres des collectivités sud-asiatiques et les femmes.[5]

Ce qui explique que nombre des garanties que la Commission a proposées aux organismes découlent des travaux du Groupe de travail communautaire pour la lutte contre le crime haineux. On trouve à l’Annexe A des explications sur les garanties proposées et le rapport du Groupe de travail communautaire pour la lutte contre le crime haineux.

Initiatives dans les écoles

Parmi les garanties que recherchait la Commission, certaines étaient des initiatives en matière d’éducation qui pourraient être mises en œuvre dans le système scolaire. Dans les programmes scolaires, les leçons sur la discrimination et le racisme sont des outils essentiels pour lutter contre les stéréotypes, mettre un terme à la discrimination lorsqu’elle se manifeste, éliminer les obstacles auxquels se heurtent les groupes racisés et d’autres groupes militant en faveur de l’équité et faire mieux comprendre les droits de la personne. Le fait que nombre de personnes que la police avait inculpé d’une agression étaient de jeunes adultes, à quelques années à peine de l’âge de fin de scolarité, inquiétait la Commission. Une enseignante a aussi fait parvenir à la Commission une déposition qui a retenu son attention. L’enseignante y demandait que les écoles mettent en place davantage d’activités de sensibilisation pour éliminer les comportements discriminatoires. Ces exemples viennent à l’appui d’une meilleure intégration des initiatives sur la lutte contre la discrimination dans les écoles. Pour une description plus détaillée des garanties proposées et obtenues auprès des éducateurs et éducatrices, veuillez vous reporter à l’Annexe A.


[3] Le 27 septembre 2007, une coalition de groupes communautaires a organisé une conférence de presse dans laquelle elle a dénoncé les incidents survenus dans la région de York, affirmant qu’il s’agissait de crimes haineux, et a demandé que les individus soient accusés en conséquence.
[4] COMMISSION ONTARIENNE DES DROITS DE LA PERSONNE (2007). Conclusions préliminaires : Commission d'enquête sur les agressions contre des pêcheurs canadiens d'origine asiatique, Ontario, p. 9.; Peat, D. Fishing in Fear, Anglers of Asian descent call it a hate crime, Peterborough Examiner, 26 octobre 2007.
[5] GANNON, M. et MILHOREAN, K. (2004). La victimisation criminelle au Canada. Statistique Canada, p.7. et le Groupe de travail communautaire pour la lutte contre le crime haineux (2006). La lutte contre le crime haineux en Ontario : Rapport final du Groupe de travail communautaire pour la lutte contre le crime haineux, Ontario, p.19.

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