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Toronto n’est pas prête pour une photographe de mariages transgenre

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Par Sophia Banks

Il y a deux mois, lorsque j’ai fait ma sortie en tant que femme trans et exprimé ma solidarité envers la communauté trans, je ne savais vraiment pas ce que me réserverait l’avenir. 

J’ai eu la chance de rencontrer quelques couples merveilleux qui ont voulu retenir mes services, mais j’ai dû aussi rembourser les dépôts de plusieurs clients. De façon générale, Toronto n’est pas prête pour une photographe de mariages transgenre.

J’ai parlé avec bon nombre de personnes et fait des analyses de marché. Ce que j’entends le plus souvent, c’est que les couples n’ont aucun problème avec le fait que je suis transgenre, mais leur famille élargie ne l’acceptera pas. Et c’est pourquoi ils ne m’embaucheront – ou ne m’embaucheraient – pas.

Les mariages sont typiquement trop traditionnels et conservateurs pour une photographe trans. Ce n’est pas l’endroit où confronter les normes sociales. En tant que photographe de mariages, je me heurterai toujours à l’obstacle que constitue mon identité transgenre. Je pourrais toujours me tailler un petit créneau, mais celui-ci serait probablement trop limité pour me permettre de maintenir une entreprise de photographe de mariages. Le marketing et la gestion d’un studio de photographie de mariage prennent beaucoup de temps et d’efforts, et sont ni profitables ou viables si je n’arrive qu’à travailler sporadiquement.

Je suis également de plus en plus troublée et mal à l’aise à l’idée de diriger une entreprise qui me confronte inévitablement, jour après jour, à de la discrimination. Vu ces facteurs, c’est le cœur gros, empreint d’un léger ressentiment, que je me sens obligée d’annoncer que je cesserai graduellement mes activités de photographe de mariages. 

Le bateau coule, et il est temps de le quitter pour faire autre chose. Je maintiens mon engagement envers les mariages déjà prévus à mon horaire et j’espère en réserver quelques autres en 2013.

Au cours des prochains mois, je remanierai mon site Web, en y affichant de nouveaux projets et portfolios. Je n’abandonne rien. Je réoriente simplement mes efforts et ma créativité.

La transphobie est un concept bien réel. Et bien que mes amis me répètent d’en faire fi, je ne peux oublier qu’elle m’a coûté mon entreprise.

J’ai perdu beaucoup de temps à cacher mon identité transgenre. Maintenant que je ne vis plus dans l’ombre, je ne compte pas rester là, à me tourner les pouces en silence et à attendre que la société change « miraculeusement » et comprenne que les femmes trans comme moi font l’objet de marginalisation et de stigmatisation. En tant que femme trans, que chef d’entreprise et que photographe, j’apprends que ma réussite personnelle et professionnelle dépendra grandement de ma capacité à revendiquer mes droits et ceux des autres personnes trans.

Mise à jour

Je ressens le besoin de vous dire que bien des personnes m’ont offert beaucoup de soutien. Les couples qui ont retenu mes services sont des personnes fabuleuses et bénéficieront de mes meilleurs efforts. J’aime faire de la photographie de mariage, mais j’ai assisté à assez de noces pour savoir que j’en demande beaucoup. En bout de ligne, en tant que photographe de mariages trans, je demande à des couples de demander à leur célébrant : « En passant, ça vous dérange si notre photographe est une femme trans en transition? »

Dans un an, lorsqu’il ne sera plus aussi évident à l’œil nu que je suis trans, les choses seront peut-être bien différentes.

Depuis la publication de mon article original, j’ai eu plusieurs conversations qui m’ont fait comprendre que la difficulté pour les gens en général (et pour moi) a trait au côté étrange de la transition. J’aimerais bien pouvoir appuyer sur un bouton pour qu’on me voie tout d’un coup en femme. Mais ça ne marche pas comme ça. J’ai une barbe de bucheron dont je dois me débarrasser et des matières grasses à redistribuer. Certains jours, je n’ai ni la patience ou l’énergie pour faire face au monde, et je me présente en homme.

La société a beaucoup d’attentes envers les comportements masculins et féminins, que les transgenres viennent tout bousiller. La plupart des gens ne remettront jamais en question leur identité de genre. Moi, je l’ai fait tout les jours de ma vie du moment où je me réveille au moment où je m’endors. J’ai été socialisé en homme et le fait de tout déconstruire cela pour apprendre de nouvelles normes sociales n’est pas chose facile. Cela prend du temps.

L’acceptation des personnes trans au sein de la société signifie que nous devons y voir un processus qui débute dès que les gens sortent du placard. Les hormones prennent du temps à agir, les barbes du temps à disparaître, etc. Les hommes trans suivent « bien évidemment » un processus différent teinté d’autres aspects de transition et hormones.

Une phobie est une peur; une émotion née d’une menace « perçue ». Les personnes transgenres ne sont pas une menace pour personne.