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III. Historique et contexte

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Cette section porte sur les tendances générales à l’origine des formes contemporaines de discrimination fondée sur la croyance. Bien que la CODP cherche à lutter contre les préjugés et l’intolérance fondés sur la croyance, y compris les « -ismes » et « -phobies » connexes, au moyen de la sensibilisation des membres du public, le Code ne peut pas être utilisé pour régler toutes les questions abordées dans le présent document. Le Code interdit uniquement les incidents de discrimination et de harcèlement fondés sur la croyance dans les domaines sociaux suivants :
  1. Contrats
  2. Emploi
  3. Biens, services et installations
  4. Logement
  5. Association professionnelle ou adhésion à un syndicat.

Intolérance par opposition à discrimination

Les termes « intolérance » et « préjugés » renvoient à des attitudes, valeurs et convictions. Le terme « discrimination » renvoie aux mesures prises en raison de ces attitudes, valeurs et convictions, et à tout traitement inéquitable pouvant découler de façon involontaire de règles, de normes et de pratiques d’apparence neutre. La population peut intenter des recours juridiques aux termes du Code des droits de la personne de l’Ontario ou de la Charte canadienne des droits et libertés pour résoudre les situations de discrimination..

Questions clés

  • Quelles sont certaines des dimensions et dynamiques sociales, passées ou actuelles, qui contribuent aux formes contemporaines de discrimination fondée sur la croyance en Ontario?
  • À quelles formes d’exclusion et de discrimination sont soumises les communautés ontariennes en raison de leurs croyances?
  • Les formes contemporaines de discrimination fondée sur la croyance sont-elles basées sur des idéologies, mythes et (ou) stéréotypes particuliers ou courants que devrait nommer et aborder la politique de la CODP sur la croyance?

1. Tendances sociales et démographiques actuelles

1.1 Diversité des convictions et pratiques en matière de croyance

La diversité en matière de croyance et de religion connaît une croissance considérable selon les recherches démographiques menées sur l’appartenance religieuse en Ontario à partir des données de recensement du Canada. Deux tendances importantes se dessinent en particulier. Premièrement, on constate une croissance considérable des groupes religieux minoritaires de tous types n’appartenant pas aux courants chrétiens principaux (catholicisme et protestantisme libéral) (voir les Annexes 1 à 7 pour connaître les tendances statistiques de l’appartenance religieuse en Ontario et au Canada)[15]. On observe également une croissance notable du nombre d’Ontariennes et d’Ontariens qui disent n’avoir « aucune religion » (voir les Annexes 1 à 5 et 12 à 15)[16] et (ou) dans la vie desquels la religion occupe une place décroissante (voir les Annexes 16 à 21). Ces deux grandes tendances devraient s’accélérer à l’avenir[17], en partie en raison des tendances en matière d’immigration[18] et des processus continus de laïcisation.

Malgré cela, une énorme majorité d’Ontariennes et d’Ontariens continuent, et devraient continuer, de s’identifier aux Églises catholique romaine et protestante (anglicane, unie, presbytérienne et luthérienne) qui ont toujours dominé en Ontario (voir l’Annexe 3)[19]. Le visage et la pratique du christianisme au Canada se diversifient cependant de plus en plus à mesure que croît la proportion de Canadiens chrétiens nés hors de l’Occident[20] et le nombre d’adeptes de confessions chrétiennes minoritaires privilégiant des expressions du christianisme davantage publiques et collectives.

Évolution de la religion en Ontario (1991 à 2001, et 2011)

En Ontario, les plus grandes hausses de population observées entre les recensements de 1991 et 2001 touchaient la communauté musulmane (croissance de 142,2 %, pour passer de 145 560 en 1991 à 352 530 en 2001), les chrétiens protestants minoritaires, y compris les groupes se qualifiant de « chrétiens », d’« évangéliques », de « chrétiens régénérés » et d’« apostoliques » (croissance de 121,2 %, pour passer de 136 515 en 1991 à 301 935 en 2001), la communauté hindoue (croissance de 103,9 %, pour passer de 106 705 en 1991 à 217 560 en 2001), la communauté sikhe (croissance de 109,2 %, pour passer de 50 085 en 1991 à 104 785 en 2001) et la communauté bouddhiste (croissance de 96 4 %, pour passer de 65 325 en 1991 à 128 320 en 2001). En 2001, les cinq plus grandes confessions religieuses en Ontario, sur le plan du nombre d’adeptes, étaient les suivantes : protestantisme (3 935 745), catholicisme romain (3 866 350), aucune religion (1 809 535), islam (352 530) et christianisme, y compris les confessions chrétiennes minoritaires susmentionnées (301 935).

Évolution de la religion

Selon les données de recensement nationales, le Canada a aussi connu entre 1991 et 2001 une hausse considérable de la proportion de personnes s’identifiant à la spiritualité autochtone (+175 %), ou au « paganisme » (+281 %), malgré un nombre actuel total d’adeptes de ces croyances en deçà de 30 000 [Source : Statistique Canada, 2003a; voir les Annexes 1 à 11 pour obtenir le profil des Canadiennes et Canadiens et leur répartition par appartenance religieuse].

Bien qu’elle ne soit pas entièrement comparable aux données de recensement plus anciennes, ni tout aussi fiable, l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011 indique une croissance considérable continue, depuis 2001, des minorités religieuses, y compris les communautés sikhes (croissance de 72 %, pour passer de 104 785 en 2001 à 179 765 en 2011), hindoues (croissance de 68 %, pour passer de 217 560 en 2001 à 366 720 en 2011) musulmanes (croissance de 65 %, pour passer de 352 530 en 2001 à 581 950 en 2011) et bouddhistes (croissance de 28 %, pour passer de 128 320 à 163 750 en 2011), et les adeptes d’aucune religion (croissance de 62 %, pour passer de 1 809 535 en 2001 à 2 927 790 en 2011).

Appartenance religieuse en Ontario par ordre décroissant, selon le nombre et le pourcentage (Enquête nationale auprès des ménages de 2011) [21]

Religion

Nombre de personnes

Pourcentage

1. Catholicisme

3 976 610

31,43 %

2. Aucune appartenance religieuse

2 927 790

23,14 %

3. Autres religions chrétiennes

1 224 300

9,68 %

4. Église unie

952 465

7,53 %

5. Église anglicane

774 560

6,12 %

6. Islam

581 950

4,60 %

7. Hindouisme

366 720

2,90 %

8. Église presbytérienne

319 585

2,53 %

9. Christianisme orthodoxe

297 710

2,35 %

10. Église baptiste

244 650

1,93 %

11. Église pentecôtiste

213 945

1,69 %

12. Judaïsme

195 540

1,55 %

13. Sikhisme

179 765

1,42 %

14. Bouddhisme

163 750

1,29 %

15. Église luthérienne

163 460

1,29 %

16. Autres religions

53 080

0,42 %

17. Spiritualité (autochtone) traditionnelle

15 905

0,13 %

Population totale dans les ménages privés selon la religion

12 651 795

 

 

Remarque : Contrairement aux décennies précédentes, le recensement de 2011 n’incluait aucune question sur la religion. La religion était abordée dans un sondage facultatif soumis à 4,5 millions de ménages choisis au hasard. Approximativement 2,65 millions de ménages ont participé au sondage. Selon Statistique Canada, certains groupes (immigrants, minorités ethniques, personnes dont la langue maternelle n’est pas le français ou l’anglais et autochtones) pourraient être sous-représentés dans le sondage facultatif. Malgré ces lacunes, l’Enquête nationale auprès des ménages constitue la meilleure source d’information sur l’appartenance religieuse au Canada en 2011 (Pew Forum 2013).

Le nombre total de personnes s’identifiant à la religion chrétienne (toutes confessions confondues) dans l’ENM de 2011 se chiffrait à 8 167 295, soit 64,55 % de la population totale. Lorsqu’on tient compte des « autres confessions chrétiennes », ainsi que des Églises unie, anglicane, presbytérienne, baptiste, pentecôtiste et luthérienne, le nombre de personnes s’identifiant aux confessions protestantes dans l’ENM de 2011 se chiffrait à 3 892 965, soit 30,77 %. Cela hisserait pour la première fois les protestants, collectivement, au deuxième rang des groupes religieux faisant le plus d’adeptes en Ontario, après les catholiques.

1.2 Convictions et pratiques individuelles

La question de l’existence d’un déclin des convictions religieuses en Ontario, ou de l’étendue de ce déclin (le « débat sur la laïcisation »), ne fait pas consensus parmi les auteurs du domaine des sciences sociales. Des éléments de preuve viennent étayer diverses positions contradictoires en montrant à la fois un déclin général des convictions religieuses et de l’association à une religion et, dans certains segments de la population, leur résurgence (voir les conclusions de différents sondages sur l’étendue et l’importance des convictions religieuses au sein de la population canadienne, aux Annexes 13 à 21)[22].

Chez les Ontariennes et Ontariens, et plus particulièrement les jeunes générations, la façon d’interpréter et de manifester ses convictions religieuses ou croyances semble évoluer de plus en plus. Selon les recherches, un grand nombre de personnes expriment dorénavant leur religion ou croyance de manière très personnelle, en fondant leurs convictions et pratiques davantage sur leurs interprétations et expériences personnelles que sur des modes institutionnels d’expression ou les exigences traditionnelles de leur foi[23]. Cette personnalisation des convictions et pratiques a également contribué à une forme croissante d’éclectisme, dont l’appellation anglaise Sheilaism[24] a été rendue célèbre par un sociologue américain. Cela signifie que les gens « se façonnent » un système de croyances personnalisé, pouvant varier selon le contexte, à partir de convictions et de pratiques issues de sources et de traditions de plus en plus diverses[25].

Cette « désinstitutionalisation » des convictions et pratiques se reflète clairement dans le déclin du nombre de personnes qui s’identifient à une religion et expriment leur foi par la pratique active de ses commandements institutionnels traditionnels, comme l’exercice régulier du culte (voir l’Annexe 17)[26]. La hausse du nombre de personnes qui se qualifient de « spirituelles, mais non religieuses », jumelée à la tendance croissante qu’ont les institutions ontariennes à qualifier dorénavant leurs programmes et services d’aumônerie d’initiatives « spirituelles » et non « religieuses », est une autre indication de cette tendance plus vaste.

Spiritualité par opposition à religion

Le terme spiritualité peut être défini de la façon suivante : « la recherche d’un sens, d’une raison d’être et d’un lien avec soi, les autres, l’univers et, ultimement, la réalité, quelle que soit sa façon de la concevoir. La spiritualité peut s’exprimer ou non par l’entremise de formes ou d’institutions religieuses. » Pour sa part, « religion » fait davantage référence à « une série organisée et structurée de convictions et de pratiques qu’ont en commun les membres d’une communauté axée sur la spiritualité » (Sheridan, 2000, p. 20; caractères gras et italiques ajoutés).

1.3 Tendances en matière de politiques et de programmes

« Les défis que doit relever le Canada aujourd’hui diffèrent de ceux d’il y a dix ans. Les changements les plus notables ont trait à la pertinence de la religion dans les débats actuels sur la diversité au Canada [...] »[27] (Will Kymlicka)

Bien que les institutions ontariennes soient de plus en plus appelées à mieux comprendre et prendre en compte la diversité croissante de la province en matière de religion et croyance dans la province, et à résoudre plus efficacement les situations qui en découlent, les chercheurs déplorent l’incapacité généralisée des politiques publiques, recherches et programmes canadiens d’y parvenir adéquatement[28]. Le Canada dispose d’un cadre législatif bien établi en matière de diversité culturelle[29], mais les chercheurs font remarquer que la tendance dominante en matière de politiques et de programmes a été de subsumer les différences en matière de religion et de croyance sous les catégories ethniques, culturelle et raciales de différence sociale, et de les occulter, surtout depuis l’adoption du multiculturalisme comme politique d’État il y a plus de 30 ans[30].

Par conséquent, il a principalement incombé aux tribunaux judiciaires et administratifs de déterminer comment composer avec la diversité de religion et de croyance au sein de la société canadienne, dans le cadre d’un système judiciaire gagnant-perdant. Dans ce contexte, le travail et le rôle actuel de la CODP relativement à la mise à jour de sa Politique sur la croyance gagnent en importance en aidant les citoyens et organisations à concilier les différences et à résoudre les conflits sur le plan de la religion et de la croyance de manière dynamique et fondée sur des principes rigoureux.


 

[15] Une étude de 2013 menée par le Pew Forum sur les tendances démographiques canadiennes en matière de religion révèle que l’Ontario a connu la hausse la plus importante de l’appartenance à des religions minoritaires de toutes les provinces canadiennes (voir l’Annexe 7). La proportion d’Ontariennes et d’Ontariens qui s’identifient à des fois autres que le protestantisme ou le catholicisme est passée d’environ 5 % en 1981 à 15 % en 2011 (Pew Forum 2013).

[16] Au nombre de 1 809 535 (ou 16 % de tous les Ontariennes et Ontariens), les personnes qui ne s’identifiaient à aucune religion en Ontario dans le Recensement de 2001 formaient le troisième groupe en importance après les protestants et les catholiques romains. D’après l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011 (ENM), en 2011, près du quart des personnes résidant en Ontario (23  %) n’étaient pas associées à une religion, contre 5  % dans l’enquête de 1971.

[17] Voir l’annexe 8 pour connaître le pourcentage de changement projeté dans l’appartenance religieuse de 2001 à 2017. Selon l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011 (ENM), le nombre de Canadiennes et de Canadiens s’identifiant à des religions non chrétiennes, y compris l’islam, l’hindouisme, le sikhisme, le bouddhisme, le judaïsme, et le christianisme orthodoxe oriental, a déjà atteint 11 % en 2011, par rapport à 4 % en 1981 (Pew Forum 2013). Fait à noter, on s’attend à ce que cette hausse se manifeste majoritairement dans les grands centres urbains de la province.

[18] Voir les Annexes 9, 10 et 11 pour obtenir des données historiques sur les tendances en matière d’immigration et d’appartenance religieuse. 

[19] L’Enquête nationale auprès des ménages de 2011 fait état d’une légère baisse du pourcentage de résidents de l’Ontario qui s’identifient à la religion catholique romaine (31,4 % en 2011 par opposition à 34 % en 2001 et à 35 % en 1991) et du maintien de la tendance à la baisse à plus long terme du nombre d’Ontariennes et d’Ontariens qui s’identifient à la religion protestante (30,8 % en 2011 par opposition à 35 % en 2001 et à 43 % en 1991), surtout au sein des courants protestants principaux (Églises anglicane, unie, presbytérienne, luthérienne) (Statistique Canada, 2003a). Dans l’ENM de 2011, les catholiques ont surpassé pour la première fois les protestants pour devenir le plus grand groupe confessionnel de l’Ontario.

[20] Le pourcentage de chrétiens canadiens nés dans des pays autres qu’occidentaux continue d’augmenter. Comme Beyer (2008, p. 23) le fait remarquer :

Par conséquent, le Recensement de 2001 révélait que la proportion de personnes qui se qualifiaient uniquement de chrétiens ou qui disaient appartenir à de petits groupes protestants majoritairement sans antécédents au Canada avait augmenté beaucoup plus rapidement au cours de la décennie (~30 %, soit de 1 à 1,3 million de personnes) que la proportion de catholiques romains, de protestants des courants principaux (qui a chuté de 10 %), de membres des confessions protestantes conservatrices établies et même de chrétiens de l’Orient. Les membres des « autres confessions chrétiennes » nés dans des pays non occidentaux ont augmenté de plus de 100 %, soit une hausse proportionnelle à la croissance des religions non chrétiennes au cours de la même période. De façon analogue, bien que le pourcentage de catholiques romains ait augmenté de 4 % seulement, leur nombre absolu a bondi d’environ 600 000. Plus du tiers de ces nouveaux catholiques romains canadiens ne sont pas nés en Occident. Par conséquent, à mesure que le christianisme mondial devient une religion du « Sud » sur le plan démographique [citant Jenkins, 2007], nous pouvons nous attendre à ce que le christianisme poursuive au Canada une transformation analogue.

[21] Source : Statistique Canada. « Tableau sur l’Ontario (code 35) », dans Profil de l’Enquête nationale auprès des ménages, 2011, no 98-316-XWF au catalogue, Ottawa, 26 juin 2013. Publié le 26 juin 2013. www12.statcan.gc.ca/nhs-enm/2011/dp-pd/prof/index.cfm?Lang=F (consulté le 19 juillet 2013).

[22] Voir Beyer (2006), Religious Vitality in Canada : The Complementarity of Religious Market and Secularization Perspectives.

[23] Roger O’Toole (2006, p. 20) affirme : « Les Canadiennes et Canadiens choisissent maintenant de définir la nature et le contenu de leur religiosité à partir de ce “bassin de rites, de pratiques et de convictions” qui leur est le plus familier “en faisant abstraction des prérequis institutionnels ou de leurs conséquences”.  Dans ces circonstances, leur religion a généralement acquis le caractère fragmentaire, syncrétique et consumériste associé au terme bricolage (citant Yoye et Dobbelaere, 1993, p. 95-96). » Se basant sur leurs propres recherches empiriques, Peter Beyer (2008) et Paul Bramadat (2007) font aussi remarquer que « [d]ans l’ensemble, les jeunes issus de pratiquement toutes les traditions confessionnelles font preuve de moins de loyauté envers ces traditions, et surtout envers l’expression institutionnelle de ces traditions (églises, mosquées, temples, gurdwara et autres) que ne le faisait antérieurement leur groupe d’âge durant des siècles, voire des millénaires (Bramadat, 2007, p. 120). 

[24] Dans Habits of the Heart : Individualism and Commitment in American Life, Robert Bellah et coll. (1985) ont utilisé le terme anglais « Sheilaism » pour qualifier une tendance générale de la fin du 20e siècle en matière de convictions religieuses américaines. Infirmière de métier, Sheila Larson incluait à sa définition de la foi le fait d’être aimable et douce envers soi-même, de prendre soin des autres, de croire en Dieu, mais sans aller à l’église, et de voir Jésus en soi. Pour en connaître davantage sur cette tendance au Canada, voir Bramadat (2007), Beyer (2008), Closson James (2006) et O’Toole (2006).

[25] À cet égard, Reginald Bibby (1987, p. 85) soutient que « [l]es Dieux d’antan n’ont été ni abandonnés ni remplacés ». Plutôt, « ils ont été morcelés et offerts à la pièce aux consommateurs croyants ». Le penseur du milieu religieux Closson James (2006, p. 130) conclut de façon similaire que « nous devrions nous attendre à ce que [la religion] continue d’être caractérisée davantage par une spiritualité éclectique [...] façonnée à partir de diverses sources plutôt que d’un système de convictions monolithique et unitaire supérieur ». En Ontario, la hausse des mariages entre personnes de différentes fois contribue aussi au fait que des personnes adhèrent à plus d’une tradition religieuse en même temps, parfois selon le contexte. « En 2001, fait remarquer un article, près de 20 % des gens ont marié une personne qui ne partageait pas la même foi, selon Statistique Canada, comparativement à 15 % il y deux décennies. De ce pourcentage, les juifs et chrétiens étaient les plus susceptibles de conclure des unions interreligieuses [...] Plus de la moitié des unions interreligieuses conclues au Canada étaient composées d’un membre catholique et d’un membre protestant (Noor, 2013). »

[26] Seljak et coll. (2008) soulignent les transformations considérables ayant eu lieu depuis que le premier sondage Gallup mené après la Seconde Guerre mondiale a demandé aux Canadiennes et Canadiens s’ils avaient été à l’église ou à la synagogue durant les sept derniers jours.  Au total, 67 % des Canadiennes et Canadiennes ont répondu dans l’affirmative (y compris 83 % des catholiques). En 1990, les réponses positives à cette question du sondage Gallup se chiffraient à 23 % dans l’ensemble du pays (voir aussi Byer, 2008). Plus récemment, un sondage Focus Canada de l’Environics Institute de 2001 indiquait que « [b]ien que la proportion de personnes ayant une appartenance religieuse continue de diminuer, ces Canadiennes et Canadiens sont aussi pratiquants que jamais, en ce qui a trait à la participation aux services religieux. Trois sur dix (29 %) disent assister à des services religieux au moins toutes les semaines (en hausse par rapport à 25 % dans le sondage Focus Canada de 2007 et 21 % dans celui de 2003), tandis qu’ils sont maintenant moins nombreux à assister uniquement à des services religieux spéciaux (p. ex. messe de Noël, Grandes Fêtes juives) (28 %, soit une réduction de 5 points de pourcentage depuis 2007). Une autre personne sur cinq (22 %, en hausse de 1 point) continue de s’identifier à une religion, mais n’assiste jamais à des services religieux. Les membres de ce dernier groupe sont majoritairement catholiques et résidents du Québec. À l’opposé, les évangéliques chrétiens (56 %) et membres des religions non chrétiennes (42 %) sont les plus nombreux à dire qu’ils assistent à des services religieux toutes les semaines. » (Environics Institute, 2011, p. 40; voir l’annexe 18 pour connaître les conclusions du sondage Focus Canada de 2011 de l’Environics Institute sur la fréquence de participation de la population canadienne ayant une appartenance religieuse à des services religieux, 2003-2011).

[27]  Kymlicka. « Introduction » dans Diversité canadienne (2003), cité dans Biles et Ibrahim, 2005, p.166.

[28] Une étude récente menée auprès de fonctionnaires fédéraux issus de plusieurs ministères et agences de la région de la capitale nationale a révélé entre autres que la plupart des élaborateurs de politiques et décideurs gouvernementaux n’avaient pas les moyens de composer avec la diversité religieuse, et que la plupart des politiques et programmes, sauf exception, ne tenaient pas compte de la diversité religieuse (Gaye & Kunz (2009); voir aussi Beaman (2008); Biles et Ibrahim (2005); Bramadat (2007); Seljak (2005).

[29] Ce cadre législatif fait explicitement référence à la religion ou à la croyance en tant que partie importante de l’illustre diversité canadienne. Il inclut la Charte canadienne des droits et libertés de la Loi constitutionnelle (1982), la Loi canadienne sur le multiculturalisme (1988) et les lois provinciales sur les droits de la personne.

[30] Will Kymlicka (2008) souligne la nécessité de faire de la religion le « troisième volet » d’une politique de multiculturalisme, aux côtés de l’ethnicité et de la race. Selon lui, de l’incertitude persiste quant au rôle de la religion dans la politique de multiculturalisme et aux types d’organisations confessionnelles et de requêtes en lien avec la foi que cette politique devrait appuyer (cité dans Kunz, 2009, p. 6). Les penseurs, qui constatent la réticence à parler de religion dans le contexte des politiques publiques au Canada, décrivent la religion comme une « forme de diversité que l’on se garde bien de nommer » (Biles et Ibrahim, 2005).

 

 

 

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