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Poser les jalons d’une vie meilleure

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Par Linda V. Carter

Linda V. Carter, who is Black, poses in a telephone booth alongside another model, who is White. They are looking at each other and having a phone conversation.

Je m’appelle Linda V. Carter et ma famille est d’origine antillaise. Ma mère et ma grand‑mère étaient originaire de St. Kitts et la famille de mon père vient de la Barbade.

Lorsque l’étais enfant, j’ai savouré l’amour de la famille, la musique, la nourriture et la camaraderie qui trouve ses racines en Afrique. Mon père était un des quelques avocats noirs à Toronto et, après avoir exercé pendant 30 ans, il est devenu le premier juge noir né au Canada.

D’après ces antécédents et mon expérience de la vie, tout d’abord en tant que mannequin international, puis comme actrice et porte‑parole commercial, on pourrait croire que ma race et la couleur de ma peau ne m’ont pas posé de difficultés.

Mais, bien que ma vie ait été heureuse compte tenu de mon ethnicité, j’ai observé de première main comment les préjudices ont détruit plusieurs de mes amis membres de groupes minoritaires.

Pour commencer, mon père étant un avocat prospère à Toronto, mes parents étaient en mesure d’acheter une nouvelle maison à Etobicoke en 1958. Or, une pétition a circulé pour les écarter du quartier peuplé exclusivement par des blancs, pétition qui a été lancée par un autre avocat de Toronto! La pétition a échoué, les gens qui l’avaient lancée ont déménagé et nous nous sommes sentis à l’aise de voisiner avec les familles du quartier pendant des décennies.

Je suis énormément fière de mon héritage et j’ai fait tout mon possible pour célébrer la culture antillaise et africaine. Je me suis fait de très bons amis dans le monde de la mode et du théâtre et ils m’acceptent sans réserve.

Cependant, j’ai eu des expériences déplaisantes. Ainsi, j’ai été exclue d’un défilé de mode que j’avais chorégraphié au Mississauga Golf and Country Club à l’époque où il était secrètement ségrégué. Je me souviens également d’une photo de moi en robe qui avait été prise pour un catalogue; lorsque le catalogue a été publié, la robe était là, mais on m’avait remplacée par une blonde.

À cette époque, les défilés de mode ne comportaient généralement qu’un seul mannequin d’origine africaine et peu de mannequins noirs figuraient dans les photos des catalogues. On croyait qu’à l’extérieur des zones urbaines les vêtements ne se vendraient pas s’ils étaient portés par des mannequins noirs.

Une fois j’ai auditionné pour un magazine canadien, mais on m’a informée qu’on ne pouvait pas utiliser ma photo dans la prochaine édition parce qu’il y avait déjà une photo d’une noire (bien que de dos!) dans ce numéro.

Les rôles sont indéniablement plus nombreux pour les acteurs noirs, mais je me souviens des jours où les seuls rôles offerts étaient ceux d’une prostituée ou d’un esclave. Je me suis présentée à des auditions par le passé où le texte comportait les lettres « VISMIS », une abréviation pour Visible Minority.

Lorsque j’ai rédigé et produit un documentaire sur les réalisations de mon père, pour lequel j’ai reçu une subvention d’Omni Television, j’ai étudié plus en profondeur l’histoire raciale de notre province et de notre pays, J’ai alors découvert les difficultés subies par mes ancêtres même durant les soi‑disant périodes éclairées. Mes découvertes personnelles m’ont incitée à conclure que j’appartiens à un lignage de personnes d’ascendance africaine qui peuvent être fières de leurs réalisations durant des années d’adversité. Elles ont persévéré, espéré, travaillé pour changer les choses et continuent de réussir.

Il reste beaucoup à faire sur le plan de l’éducation et du soutien familial dans notre communauté. Nous devons continuer à dire aux générations plus jeunes que nous avons travaillé très fort pour obtenir un droit qui devrait être acquis de naissance et non pas au prix de telles luttes.

J’aime entre autres présenter mon documentaire dans les écoles et parler aux générations plus jeunes des gens qui ont posé les jalons d’une vie meilleure pour eux.