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4. Face au racisme, la réaction doit être collective

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La Commission reconnaît que le règlement de la question des agressions signalées par les Canadiens d'origine asiatique

n’incombe pas entièrement à une seule communauté ou institution. Comme il s’agissait d’un problème étendu qui s’était produit hors des sphères sociales que protège le Code des droits de la personne, il était impossible dans ces cas de déposer des plaintes pour atteinte aux droits de la personne. Par contre, les institutions et les particuliers qui ont l’obligation collective de protéger l’intérêt général en assument conjointement la responsabilité.

Le Rapport d’enquête sur le profilage racial de 2003 de la Commission, Un prix trop élevé : les coûts humains du profilage racial, et les Politiques et directives sur le racisme et la discrimination raciale (« Politiques »), aussi de la Commission, mettent l’accent sur la responsabilité qui incombe aux institutions de prendre les rênes de la prévention et des interventions en matière de racisme et de discrimination raciale. Les Politiques indiquent en quoi tous les organismes et toutes les institutions ont l’absolue obligation de veiller à ne pas se livrer à des actes de discrimination raciale systémique ou institutionnelle. Pour ce faire, ils peuvent dépister et éliminer dans les politiques, les pratiques, les règlements et la culture les obstacles qui peuvent porter préjudice aux personnes appartenant à des groupes racisés. Les Politiques et le Rapport d’enquête sur le profilage racial font remarquer qu’il n’est pas nécessaire que les actes soient commis de façon intentionnelle ou consciente pour être jugés discriminatoires contre une race. Comme on l’a noté plus haut, quand on perçoit une discrimination raciale, l’admission de l’existence du racisme représente une première étape clé pour y réagir et le prévenir.

La question de l’intégration

Au cours des deux phases de l’enquête, de nombreux organismes et particuliers ont indiqué que les Canadiens d'origine asiatique semblaient être pris à partie d’une part en raison de leur visibilité dans des localités relativement homogènes et d’autre part en raison du manque de tolérance à l’égard de méthodes de pêche pouvant être marquées par des différences culturelles. Les attitudes négatives envers les Canadiens d'origine asiatique paraissent être liées au fait que, dans l’ensemble, les gens ne sont pas assez en contact avec des personnes appartenant à des groupes racisées et qu’ils voient en ces dernières une menace, car elles empiètent supposément sur les ressources des petites localités.

D’après les données du recensement de 2006, dans tout le Canada, les personnes appartenant à des groupes racisés sont plus susceptibles d’habiter dans des villes que dans des bourgs ou des régions rurales.[6] L’objectif de nombreuses municipalités de l’Ontario est d’attirer et d’intégrer des immigrants, dont beaucoup sont issus de groupes racisés, pour augmenter la viabilité et les moyens de subsistance de leurs communautés. Lors de notre enquête, les municipalités ont insisté sur l’importance d’accroître la diversité raciale et nous ont confié qu’elles s’efforçaient de montrer que leurs communautés ne présentaient aucun danger et accueillaient chaleureusement des personnes de toutes origines. De nombreuses municipalités se sont lancées avec le ministère des Affaires civiques dans des projets visant à attirer et à garder des immigrants, ce pour le bienfait de toute la communauté. La Commission a cherché à obtenir diverses garanties de la part du ministre des Affaires civiques, dont certaines visaient à s’assurer que les constantes activités de ce dernier pour intégrer les immigrants dans les communautés attestent des objectifs en matière de lutte contre le racisme et la discrimination.

Afin que les localités accueillent chaleureusement les immigrants et les personnes racisées, on peut entre autres aborder de façon proactive les problèmes de racisme qui peuvent survenir lors de l’intégration de personnes racisées dans des communautés essentiellement européennes et blanches. Certaines communautés ont montré la voie à cet égard en réagissant immédiatement après le signalement des agressions contre les pêcheurs canadiens d’origine asiatique et en entamant un dialogue sur les conséquences du racisme. Ces municipalités n’ont pas tardé à condamner les incidents et à tendre la main aux groupes communautaires.

À Peterborough, le comité des relations raciales a tenu une conférence de presse peu de temps après l’annonce aux nouvelles des inquiétudes que suscitaient les agressions. Les dirigeants communautaires de Peterborough, le comté avoisinant, Kawartha Lakes et la police ont entre autres dénoncé la violence, condamnation qui a entraîné la création d’un groupe de travail avec divers organismes, dont des représentants du ministère des Richesses naturelles, de la Police provinciale de l'Ontario et des membres de la population canadienne d’origine asiatique. À Georgina, le maire a rencontré des groupes communautaires sino-canadiens et juifs canadiens pour leur présenter ses excuses à la suite des incidents dont les Canadiens d'origine asiatique les juifs semblaient être la cible. Ce genre d’interventions jouent un rôle clé pour augmenter la confiance du public et faire savoir que le problème est pris très sérieusement.

Des structures officielles pour éliminer le racisme

L’existence de structures officielles pour donner suite à des incidents motivés par le racisme dans les communautés où il s’en produit peut aider à rapidement apaiser les tensions raciales et les conflits. Plusieurs municipalités ontariennes sont devenues membres de la Coalition canadienne des municipalités contre le racisme et la discrimination (« CMARD »), une initiative de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). L’objectif de cette coalition est de faire participer les municipalités et leurs habitants à des activités sur le racisme et à leur faire partager renseignements et pratiques avec d’autres municipalités en butte aux mêmes problèmes. La ville de Windsor est àcet égard un exemple à suivre. Comme elle avait un comité des relations raciales grâce à la CMARD, la ville de Windsor a été en mesure en janvier 2007 d’intervenir rapidement, de concert avec ses partenaires communautaires, à l’occasion d’une série de conférences qui donnait l’impression d’encourager l’islamophobie.

En raison de notre enquête, un conseiller municipal de la cité de Kawartha Lakes proposera au conseil municipal de devenir membre de la CMARD et la municipalité de Georgina a formé un comité des relations raciales. La ville de Peterborough a également adopté une motion pour se joindre à la CMARD. Le rôle de l’Association des municipalités de l'Ontario auprès des municipalités est de guider leurs actions face au racisme et de leur donner la possibilité d’échanger entre elles des renseignements sur le problème. La Commission encourage toutes les communautés à collaborer avec les personnes et organismes représentant les groupes racisés, non seulement pour continuer à établir un climat de confiance, mais aussi pour mieux comprendre les réalités vécues par les personnes faisant l’objet de racisme et trouver les stratégies pour venir à bout de ce dernier.


[6] 96 % de la population des minorités visibles habitent dans une région métropolitaine de recensement par rapport à 69 % de la population générale. STATISTIQUE CANADA (2008). http://www12.statcan.ca/francais/census06/analysis/ethnicorigin/highligh...

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