Language selector

Social Media Links FR


Facebook CODP Twitter CODP

Mon parcours d'activiste remonte à 1987

Page controls

Page content

 

par Michael Bach

C'était l'année 1987, l'année de mes 16 ans, l'année où j'ai reconnu que j'étais gay.

Je me souviens comme si c'était hier de la première fois que j'ai prononcé ces mots à haute voix. Je travaillais sur un projet scolaire, interviewant un ancien élève pour mettre à jour l'histoire de l'école. J'avais entendu des rumeurs qu'il était gay, mais je n'étais pas sûr. Bien avant l'arrivée d'Internet et des informations 24 h sur 24/7 jours sur 7, il n'y avait aucun moyen de vérifier.

Nous nous sommes rencontrés pour boire un café. Alors que nous étions assis sur un canapé bleu délavé, l'enregistreur en marche, je me suis finalement décidé à lui demander : « Puis-je te poser une question personnelle? » Il a ri doucement et a dit oui, comme s'il savait ce qui arrivait. « Es-tu gay? » Il n'a pas tout de suite répondu, a souri, m'a regardé droit dans les yeux et a dit « Oui ». J'ai respiré un bon coup et lui ai répondu, « je crois que moi aussi ». Il m'a serré dans ses bras. Nous sommes restés amis depuis.

Prononcer ces mots pour la première fois, c'était comme me débarrasser d'une armure très lourde. Ce poids — une enfance marquée par la honte, les mauvais traitements et la douleur — a disparu en quelques secondes.

En 1987, la communauté des lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui. Au début, l'acronyme n'était composé que du L et du G. Soit les gens bisexuels et transgenres n'avaient pas encore été inventés, soit on ne les reconnaissait pas. En fait, le L était relativement nouveau, une proclamation de la différence entre les hommes gais et les femmes gaies. À cette époque, on était hétérosexuel ou non-hétérosexuel.

Le moins qu'on puisse dire c'est que je n'ai pas déclaré mon homosexualité dans un monde qui m'a accueilli à bras ouverts :

À peine six ans plus tôt, lors de mon 10e anniversaire, la police de Toronto a fait une descente dans plusieurs bains publics de la ville — un événement qui a poussé un grand nombre de membres de la communauté des LGBT à sortir du placard et à manifester pour réclamer l'égalité.

Nous nous trouvions en pleine crise du VIH/SIDA (ou nous croyions nous y trouver), une maladie qui a décimé un grand nombre de gais avant qu'ils apprennent comment se protéger.

Cela faisait une année seulement que l'homosexualité avait été retirée du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders — la classification utilisée habituellement par les médecins au Canada et aux États-Unis pour définir les maladies psychologiques.

Cela faisait aussi une année que l'orientation sexuelle avait été ajoutée au Code des droits de la personne de l'Ontario. (Il faudra attendre dix ans de plus pour que l'orientation sexuelle soit incorporée à la Loi canadienne sur les droits de la personne.)

Pour moi, sortir du placard a été le premier pas d'un long parcours.

À l'université, j'ai fait face à des abus homophobes et à de la violence. Même si je m'étais débarrassé de ma propre homophobie interne, je vivais dans un monde où je n'étais pas accepté. Bien que je ne me souvienne plus du moment où j'ai commencé à devenir activiste, mes parents m'ont appris à affirmer mes droits. J'ai pris l'engagement d'apporter des changements pour mes frères et sœurs de la communauté des LGBT qui luttaient pour trouver leur force intérieure.

Je suis devenu le coordonnateur de l'organisme (aujourd'hui disparu) Lesbian and Gay Youth of Toronto. Puis, j'ai participé à la Toronto AIDS Walk, au Community Appeal’s Fruit Cocktail (appelé aujourd'hui Lesbian and Gay Community One’s Fruit Cocktail), au New York Gay and Lesbian Anti-Violence Project, et à bien d'autres projets. Je me suis immergé dans la communauté à laquelle j'appartenais.

Les deux prochaines décennies ont été témoins de changements profonds. Toutefois, dans un Canada qui a reconnu les mariages gais, les membres de la communauté des LGBT souffraient encore de discrimination au travail. Accompagné par un petit groupe de personnes dévouées, j'ai créé Pride at Work Canada, dans l'objectif d'instaurer des lieux de travail ouverts, inclusifs et sans discrimination contre les LGBT au Canada. Malgré ses humbles débuts, cette organisation compte aujourd'hui parmi les organismes à but non lucratif pour LGBT les plus respectés du Canada.

Avec du recul, plus de 25 ans plus tard, je reconnais que c'est mon enfance qui a forgé l'homme que je suis aujourd'hui, ce sont les moqueries et insultes qui me poursuivaient sans fin, ce sont mes prières à toutes les puissances possibles qu'elles me changent, c'est le nombre de fois que j'ai pensé mettre fin à ma vie.

Lorsque j'ai fait la paix avec ma propre identité, je me suis regardé dans le miroir et j'ai proclamé : « Je suis comme ça et je m'accepte tel que je suis. » C'est à ce moment-là que je me suis fait la promesse de faire en sorte qu'après moi, les gens pourront sortir du placard dans un monde plus tolérant.

Ce jour-là, en 1986, lorsque l'orientation sexuelle a été ajoutée au Code des droits de la personne de l'Ontario, a marqué le début de changements en profondeur. Cet événement a signifié que j'existais, que se déclarer gay, lesbienne ou bisexuel ne voulait pas dire renoncer à des droits ou vivre comme un citoyen de deuxième classe. Ce jour a signifié que nous étions égaux et libres.

Michael Bach (CCDP/AP) est le leader national de la diversité à KPMG au Canada. Il a obtenu un certificat de deuxième cycle en gestion de la diversité de l'Université Cornell. Vous pouvez le suivre sur Twitter à @diversity_dude.