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Ma vie en tant que femme au Canada

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Par Barbara Landau

Ce n'est que récemment que les femmes du Canada se sont rapprochées de l'égalité de traitement. Nous n'avions pas le droit de vote avant la Première Guerre mondiale (1914-1918) et le Québec n'a octroyé le droit de vote aux femmes qu'en 1940. Même bénéficiant du droit de vote, les femmes ne disposaient pas de droits distincts de ceux de leurs maris. Jusqu'en 1929, les femmes n'étaient pas considérées comme des « personnes » en vertu de notre constitution pour pouvoir siéger au Sénat.

Je vais vous raconter quelques anecdotes que j'ai vécues et que, j'espère, les jeunes femmes d'aujourd'hui qualifieront d'impensables.

Je suis psychologue et avocate. Au début des années 1960, lorsque j'ai annoncé aux doyens de la faculté de psychologie et de la faculté de droit que j'avais l'intention de m'inscrire à leurs programmes, ils m'ont donné ce genre de réponses : « Pourquoi accepterions-nous de gaspiller une place dans un programme de deuxième cycle pour une femme? Vous allez vous marier, avoir des enfants et rester à la maison », ou « Pourquoi souhaitez-vous étudier le droit – vous y seriez la seule femme », ou encore « Même si nous vous acceptons, personne ne vous engagera, si ce n'est peut-être pour préparer le café dans l'arrière-salle ».

Lorsque j'ai postulé pour mon premier emploi comme psychologue dans un hôpital, j'ai apporté fièrement mes notes des cours de deuxième cycle. Le sourire que j'avais aux lèvres s'est figé lorsque le psychiatre en chef n'a témoigné aucun intérêt pour mes notes et a préféré me demander quelle méthode de contraception j'utilisais. Mon emploi suivant était au poste de psychologue en chef à la Cour de la famille. Là, mon chef m'a fait la remarque suivante : « Vous ne vous attendez sûrement pas à gagner le même salaire qu'un homme – après tout, vous avez un homme qui subvient à vos besoins. » Le juge en chef m'a accueillie par le commentaire « Je suis ravi qu'ils aient finalement embauché quelqu'un avec de belles jambes ». Ces remarques étaient démoralisantes et tout ce que j'espère c'est que la prochaine génération ne se retrouvera pas confrontée à ce genre d'obstacles.

Au Canada, nous sommes fiers de nos progrès sur le front de l'égalité des sexes. Nous vantons notre avance, comparant notre situation en Amérique du Nord à d'autres cultures « moins avancées ». J'apprécie ces progrès, mais il faut reconnaître qu'ils sont très récents. Aujourd'hui, les obstacles ne sont pas si transparents, mais, croyez-moi, le plafond de verre est toujours là!

Conseil consultatif de l'Ontario sur le statut de la femme – catalyseur du changement

Pendant mes années de service à la Cour de la famille, j'ai été nommée, en 1973, au premier Conseil consultatif de l'Ontario sur le statut de la femme. Ce fut une expérience unique. Nous étions intrépides, pleines de rage féministe constructive - la meilleure sorte. Nous nous sentions DIGNES d'un TRAITEMENT ÉGAL!! Nous croyions que tout le monde bénéficierait de l'octroi aux femmes d'un droit égal à l'éducation, aux soins de santé et aux débouchés de carrière. Voici quelques exemples des domaines auxquels nous nous sommes attachées :

Droit de la famille :  Dans les années 1970, lorsqu'un couple se séparait, chaque conjoint recevait les biens qu'il avait payés. Dans la plupart des familles, les femmes achetaient la nourriture et les hommes achetaient les objets plus chers. Au moment de la séparation, les femmes obtenaient ce qui restait dans le réfrigérateur et les hommes recevaient le logement familial, le chalet, les pensions de retraite, les affaires – et le réfrigérateur. Le mariage n'était PAS considéré comme un partenariat social et économique, et les femmes n'avaient pas droit à une répartition égale des biens familiaux ou commerciaux. 

Changement du statut de la femme – En l'espace de quelques années, nous avions mis en place un système prônant, à la séparation, la répartition à parts égales de tous les biens accumulés pendant le mariage.

Droit criminel : Les hommes purgeant une peine dans une prison provinciale avaient le droit d'utiliser le seul autobus disponible pour suivre des cours dans des collèges et universités, et les détenus de sexe masculin pouvaient gagner de l'argent en effectuant du travail communautaire à temps partiel. Les femmes détenues dans une prison voisine pouvaient suivre des cours de coiffure et de maquillage dans l'enceinte de la prison et ne pouvaient gagner de l'argent ou s'inscrire à l'aide sociale que deux semaines après avoir été relâchées de prison. Comment pouvaient-elles donc gagner le premier et dernier loyer à verser pour un logement? Je vous laisse deviner – souvent par les mêmes activités qui avaient causé leur arrestation.

Changement du statut de la femme – Le système a changé pour permettre aux femmes de demander l'aide sociale deux semaines avant leur remise en liberté. En outre, la prison a trouvé un moyen de laisser les femmes partager l'autobus pour qu'elles puissent s'inscrire à des cours postsecondaires.

Services bancaires : Aucune femme ne siégeait aux conseils d'administration de banques. Lorsque nous avons posé une question à ce sujet au directeur général d'une banque, voici ce qu'il a répondu : « Pourquoi aurait-on besoin d'une femme au conseil? Nous avons déjà choisi la couleur des rideaux. » Nous avons écrit un éditorial dans un journal invitant les femmes à retirer leur argent de cette banque.

Changement du statut de la femme – Dix jours plus tard, la banque avait nommé une femme à son conseil d'administration. Et d'autres banques ont rapidement suivi son exemple.

Par ailleurs, les femmes ne pouvaient pas obtenir une carte de crédit en leur propre nom. J'ai alors décidé de faire une demande de carte de crédit pour constituer une cause type. La banque où j'ai fait ma demande a appelé mon mari pour lui demander s'il était au courant que sa femme avait demandé sa PROPRE carte de crédit.

Changement du statut de la femme – Mon mari s'est montré compréhensif envers le banquier, mais a fini par lui répondre  : « Je vous conseille de lui donner la carte de crédit. Vous ne savez pas à quoi vous vous exposez si vous refusez. »

Congé de maternité et garderie : Les femmes qui avaient droit à un congé de maternité dans leur contrat de travail pouvaient prendre neuf semaines de congé AVANT d'accoucher et sept semaines APRÈS l'accouchement. J'ai demandé au ministre des Services sociaux et communautaires pourquoi les femmes devaient prendre congé AVANT d'accoucher et combien de places étaient disponibles pour des bébés de sept semaines dans des garderies. Je lui ai fait la remarque suivante : « Imaginez si les hommes devaient quitter le marché du travail chaque fois qu'ils prenaient 20 livres! » Je lui ai également fait observer qu'il n'y avait que 20 places dans des garderies à Toronto pour des bébés, de sorte que les femmes ne pouvaient effectivement pas retourner au travail.

Le résultat – Nous avons réussi à faire changer les règles de façon à assouplir les dates de congé. Le congé de maternité est devenu un « congé de famille » et le nombre de places dans les garderies a été augmenté, bien qu'il n'y ait toujours pas assez de places dans les garderies pour garantir que les femmes pourront retourner au travail.

Il existe bien d'autres exemples de problèmes que nous avons tenté de régler au nom de l'égalité des droits pour les femmes, mais il est important de souligner que les protections pour les femmes sont très récentes et qu'il reste encore du pain sur la planche.

Nos stratégies pour produire des changements et exercer des pressions sur le gouvernement :

  • Nous avons invité des directeurs généraux d'entreprise, des représentants du gouvernement et la presse à nos réunions publiques.
  • Nous avons rencontré des femmes qui ont souffert des inégalités derrière les coulisses, écouté ce qu'elles avaient à nous dire sans poser de jugement et avons défendu leurs besoins. Par exemple, je me suis rendue dans une prison pour femmes et ai rencontré des détenues sans la présence du personnel afin de comprendre leurs priorités.
  • Nous avons organisé des conférences de grande envergure afin d'attirer l'attention sur l'inégalité à laquelle les femmes sont confrontées et de formuler des recommandations en vue d'une réforme du droit.

Heureusement, la situation a évolué pour le mieux. Pendant ma vie, j'ai assisté à des changements radicaux dans les lois qui assurent une plus grande égalité pour les femmes. Aujourd'hui, la situation n'est pas parfaite. Nous devons continuellement faire preuve de vigilance pour protéger les droits et les libertés que nous avons si difficilement remportés au Canada. En tant que femmes, nous devons utiliser notre influence pour susciter la confiance et la bonne volonté, au lieu de creuser les écarts et approfondir la méfiance au sein des groupes raciaux, culturels et religieux et entre ces groupes. Nous devons unir nos forces et motiver la prochaine génération. La connaissance de notre passé est indispensable à la protection et à l'orientation de notre avenir.

Barbara Landau est co-présidente de la Canadian Association of Jews and Muslims. En 2012, elle a reçu le prix Women’s Intercultural Network en mémoire de Vera P. Singh ainsi qu'une récompense du jubilé de diamant pour service communautaire.