Language selector

Social Media Links FR


Facebook CODP Twitter CODP

Ma maladie mentale ne détermine pas qui je suis!

Page controls

Page content

Par Kayla Logan

Photo de Kayla Logan

En me regardant, vous pourriez penser que je suis une jeune occidentale comme les autres, portant du lululemon et de l'UGG, mais vous auriez affreusement tort. Je souffre d'un trouble d'anxiété généralisée qui affecte mon système nerveux central et s'accompagne de crises de panique. Ma plus grande crainte est de mourir. Ce n'est pas intentionnel, mais tout me fait peur. Je ne peux pas vivre normalement au sein de la société, parce que la moindre chose peut déclencher une crise de panique. Je sais que je ne suis pas la seule à mener ce combat, même si je l'ai longtemps cru. Je pensais que le problème venait de moi! Personne ne parle vraiment du fait de vivre avec une maladie mentale, et quand j'aborde le sujet avec les gens, ils me regardent comme si j'étais folle.

Légalement, je ne peux pas faire l'objet de discrimination parce que j'ai une maladie mentale, qui est une invalidité permanente, mais ça n'arrête ni la communauté médicale, ni qui que ce soit d'autre. Plutôt qu'élaborer un plan pour nous guérir, ou ne serait-ce que prendre acte de la gravité de notre combat quotidien ou de nos succès (ce qui pourrait paraître anodin pour certains mais qui importe pour quelqu'un qui se bat contre une maladie mentale), la communauté médicale préfère prescrire des pilules aux gens comme moi, ce qui revient uniquement à coller une rustine sur les problèmes du moment sans se préoccuper des problèmes fondamentaux.

Je ne suis pas folle. Je suis une étudiante comme les autres, stressée à cause de l'école, des finances et de la vie, tout simplement. J'ai l'impression que personne ne m'entend! Ils font seulement semblant d'écouter. J'ai le sentiment que ma voix reste silencieuse, de ne pas avoir de voix, ou que les gens se moquent de l'entendre. Contrairement à d'autres, j'admets que j'ai un problème et que j'ai besoin d'aide. N'est-ce pas ce qu'on est censé faire? Dans ce cas, pourquoi suis-je obligée de crier à pleins poumons pour être entendue? Pourquoi est-il si difficile d'obtenir de l'aide? Je sais que je ne suis pas la seule à avoir des problèmes de santé mentale, ou même d’accès aux ressources en matière de santé mentale. La différence, c'est que j'ai pu appeler à l'aide alors que d'innombrables autres personnes en sont incapables. Trop de gens passent à travers les mailles du filet de notre système de soins, qui les laisse souffrir en silence, voire quitter ce monde purement et simplement. Ce n'est pas juste! Ça ne devrait pas arriver!! Il n'y a aucune excuse, surtout si l'on considère les progrès de la médecine et les traitements qui sont actuellement disponibles au sein de nos collectivités et de nos hôpitaux! Pourquoi cela arrive-t-il à un si grand nombre d'étudiants, de personnes et d'enfants? On voit toutes ces publicités à la télévision, nous affirmant que « l'aide existe », mais je ne la vois pas. Vous la voyez, vous? Pourquoi le gouvernement procède-t-il à de si nombreuses réductions de nos programmes sociaux et de nos soins de santé alors que tellement de personnes continuent de souffrir et ont besoin d'un traitement? Je trouve ça insensé.

En définitive, j'ai dû me rendre au service des urgences de mon propre chef pour obtenir de l'aide, parce que je ne savais pas où aller d'autre, et que j'étais lasse de devoir me battre pour être entendue et de chercher en vain l'aide dont j'avais besoin en dehors de l'hôpital. À l'époque (il y a quelques années), je figurais sur de nombreuses listes d'attente pour consulter un psychiatre et croyez-moi, je ne parle pas, pour quelqu'un ayant de graves problèmes de santé, de quinze jours d'attente, mais plutôt de trois mois. C'est une attente bien trop longue pour quelqu'un qui a des troubles de santé mentale. Beaucoup trop de choses négatives peuvent survenir durant cette période. Certaines personnes peuvent nous avoir quittés en trois mois, si elles sont à ce point déprimées ou malades. Il s'agit d'une grave lacune dans notre système médical. C'est comme ça que des enfants tombent entre les mailles du filet. C'est pour ça que notre taux de suicide est si élevé.

Le résultat de ma visite à l'hôpital a été désastreux et aucune description, aussi détaillée soit-elle, ne pourra véritablement rendre compte de la discrimination dont j'ai fait l'objet. Initialement, je ne suis pas allée à l'hôpital à cause de l'anxiété ce soir-là. J'étais à la maison, très malade, et j'ai appelé Télésanté, qui m'a donné la consigne d'aller aux urgences. Quand je suis arrivée, j'étais tellement effrayée par le fait d'être malade que ça a provoqué une crise de panique. Dès l'instant où j'ai prononcé les mots « maladie mentale » devant l'infirmière de triage et où j'ai mentionné les médicaments contre l'anxiété que je prenais alors, les [affections physiques] dont je souffrais n'ont plus eu aucune importance.

Je suis arrivée à l'hôpital à 23 h et je n'ai pas été admise avant 3 h. Toute cette attente pour qu'on me réponde « qu'on ne pouvait rien faire pour moi », mis à part me donner une pilule magique de plus pour m'aider à me calmer. À cet instant, je me suis rendu compte que mes [affections physiques] n'avaient pas d'importance pour le personnel médical et infirmier, donc j'ai adopté une approche différente. J'ai demandé une évaluation psychologique. On m'a répondu que ma maladie mentale n'était pas assez grave mais qu'on pouvait me remettre une recommandation urgente pour un psychiatre. Quel est l'intérêt pour moi? Alors même que je suis en train de leur expliquer que je suis incapable de respecter mes rendez-vous puisque je peux à peine sortir du lit!

L'hôpital ne peut pas m'aider, mon école ne peut pas m'aider, ce n'est pas assez grave pour que je sois admise et pourtant, ça l'est assez pour me gâcher tous les autres aspects de la vie! À ce stade, la seule façon d'être admise est de menacer de me faire du mal ou d'en faire à autrui et, comme vous le savez peut-être, dès l'instant où vous prononcez les mots « je suis une menace pour moi-même et pour les autres », votre admission dans le service psychiatrique n'est pas volontaire et vous n'avez en outre aucune assurance quant au moment où ils vous laisseront sortir.

La morale de l'histoire est que nous avons tous une voix et le droit à un traitement équitable, à l'égalité, aux droits de la personne, au respect et à un traitement digne. Votre voix compte et vous pouvez faire évoluer la société dans le bon sens en la faisant entendre! Alors, faites entendre votre voix et, comme l'a dit Gandhi, « incarnez le changement que vous souhaitez voir s'opérer dans le monde ».