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Ma vie en tant que juive

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Par Barbara Landau

Ma vie en tant que juive n'est PAS inhabituelle pour les gens de mon âge. Je suis petite-fille d'immigrants juifs. La plupart des membres de ma famille élargie ont émigré au Canada de l'Europe de l'Est (surtout de la Pologne) ou de Russie, avant la Première Guerre mondiale et après la Deuxième Guerre mondiale. Ils sont tous venus pour échapper aux persécutions et à la mort, dans l'espoir d'une vie meilleure. La grande majorité de ma famille n'a pas survécu aux Nazis.

Le Canada était le refuge de ma famille, son espoir d'une vie sauve dans un monde plus inclusif. Mes grands-parents ne parlaient pas l'anglais et étaient très pauvres. Ma grand-mère est arrivée au Canada quand elle était adolescente, avec sa sœur et une machine à coudre, pour fuir les pogroms qui sévissaient dans son village en Russie. Imaginez une scène d'Un violon sur le toit. Ces immigrants formaient une communauté très unie déterminée à protéger et aider ceux qui avaient survécu à l'Holocauste. Mes grands-parents avaient toujours la place chez eux pour de nouveaux immigrants. La communauté juive servait de tampon face à l'antisémitisme qui régnait en Amérique du Nord. La politique officielle du Canada à l'égard de l'immigration juive pendant la Deuxième Guerre mondiale a été résumée dans le livre d'Irving Abella, None is Too Many.

La lutte pour l'égalité

Le Canada a sauvé la vie des membres de ma famille, bien qu'ils aient dû se battre pour obtenir l'égalité. La Charte canadienne des droits et libertés et le Code des droits de la personne n'existaient pas encore, et la discrimination et le racisme étaient chose courante. Mes parents m'ont raconté que des écriteaux avaient été affichés aux limites de la ville de Toronto pour annoncer : « Interdit aux Noirs, Juifs et chiens ». Les clubs sociaux et athlétiques pratiquaient la discrimination (mon père était membre fondateur du YM&WHA qui acceptait toutes les religions). Des quotas avaient été établis pour les juifs dans toutes les professions. Pas plus que 10 % ou même ZÉRO dans certains cas. L'hôpital Mt Sinai a été construit parce que les médecins juifs se voyaient refuser des stages dans des autres hôpitaux. Cette discrimination s'est maintenue au Québec jusque vers la fin des années 1940.

Lorsque j'étais étudiante à l'université dans les années 60 et que je travaillais pour l'Association canadienne des libertés civiles, les propriétaires fonciers et les agents immobiliers avaient inscrit dans les baux et actes de vente des clauses stipulant qu'on pouvait refuser aux Juifs, aux Noirs et aux Asiatiques le droit de choisir leur logement. Les demandes d'inscription à l'université demandaient la religion et parfois une photo. Devinez pourquoi!

La solidarité, notre force

Heureusement, la vie au Canada pour les minorités a changé, bien que récemment seulement. Notre Charte des droits et libertés date de 1982. Ceux et celles d'entre nous qui ont été témoins de ces changements savent à quel point les droits de la personne et la démocratie peuvent être fragiles. Nous devons être vigilants, car si un d'entre nous n'est pas protégé, aucun d'entre nous n'est protégé. La solidarité fait notre force!

Barbara Landau est co-présidente de la Canadian Association of Jews and Muslims. En 2012, elle a reçu le prix Women’s Intercultural Network en mémoire de Vera P. Singh ainsi qu'une récompense du jubilé de diamant pour service communautaire.