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Le leadership est une arme puissante de lutte contre le racisme

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Juillet 25, 2017

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Il y a quelques mois, j’ai visité Thunder Bay et j’ai eu l’occasion de parler à des membres de la communauté autochtone locale. Ces membres m’ont exprimé leurs préoccupations à l’égard du maintien de l’ordre, du bien-être de l’enfance, de la traite des femmes et fillettes autochtones et du racisme de tous les jours qui se manifeste dans presque toutes les facettes de leur vie, y compris en contexte d’emploi, de logement, de soins de santé et de commerce de détail. Fait particulièrement frappant, des personnes ont raconté que d’autres leur avaient lancé des ordures alors qu’elles marchaient dans la rue, en raison de leur ascendance autochtone. J’ai fait part de ces préoccupations aux dirigeants locaux que j’ai rencontrés plus tard dans la journée, dont le maire et des membres des forces policières.  

Les données de Statistique Canada abondent dans le sens des préoccupations soulevées par la communauté. En 2015, Thunder Bay affichait de loin le plus haut taux de crimes haineux rapportés à la police au Canada et la plus grande incidence de crimes haineux à l’égard de la communauté autochtone rapportés. Et ces statistiques ne tiennent pas compte de la proportion de crimes haineux jamais rapportés à la police,  que l’on estime à environ deux tiers.

Ces données, des enquêtes de coroner récentes et des rapports dans les médias faisant été de harcèlement et parfois de violence meurtrière à l’endroit de personnes autochtones ont renforcé mes propres préoccupations envers l’incapacité de Thunder Bay de composer de façon efficace avec la réalité du racisme généralisé, et le fait que cette incapacité émane du haut.

La crise actuelle de leadership à Thunder Bay fournit d’importantes indications à propos du problème récurrent de racisme de la ville. Le travail que j’ai mené partout dans la province et à l’étranger m’a fait comprendre que le chemin de la guérison, dans une collectivité éprouvée, débute chez les dirigeants locaux. Qu’il s’agisse d’élus, de chefs de police ou même de citoyens éminents, les dirigeants communautaires doivent donner le ton, en faisant preuve de respect et en assurant une tolérance zéro à l’égard du racisme et de la discrimination. Lorsque les dirigeants agissent, ils peuvent servir de puissants exemples pour la collectivité toute entière.

Mais quand les dirigeants omettent de combattre l’abus généralisé et font fi des membres les plus vulnérables de leur collectivité, des situations désastreuses s’ensuivent. Quand une voix puissante de la collectivité laisse entendre que le racisme n’est pas un problème, il est facile pour les gens de ne rien faire. Quand des dirigeants respectés disent que « tout est normal », ils discréditent et réduisent au silence les victimes de racisme et de discrimination, tout en donnant voix aux personnes souhaitant maintenir le statu quo à tout prix.

Et quand ces dirigeants ont pour réflexe de défendre les pratiques existantes sans même tenter d’examiner de plus près le problème, les gens sont beaucoup plus susceptibles d’accepter que le racisme et la discrimination fassent partie du tissu normal de la ville ou que les solutions soient inexistantes ou hors d’atteinte. Le manque de leadership mène à l’inaction et ne fait qu’entretenir les préjudices à l’égard des communautés vulnérables.

Le leadership est une arme puissante de lutte contre le racisme. En ces moments difficiles, j’encourage toutes les personnes qui vivent à Thunder Bay à exiger que leurs dirigeants attaquent de front le problème du racisme. Seul un leadership soutenu réussira à changer le discours, pour le faire passer du déni et de la division à la compréhension et à la réconciliation.

Renu Mandhane, B.A., J.D., LL.M
Commissaire en chef
Commission ontarienne des droits de la personne