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L’histoire nous apprend que les conversations délicates sur la religion doivent reposer sur le respect et l’inclusion, et non la haine et la division

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Décembre 10, 2015

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Aujourd’hui a lieu la Journée internationale des droits de la personne, le jour où l’Assemblée générale des Nations Unies adoptait la Déclaration universelle des droits de l’homme. Le mouvement des droits de la personne est né en réaction directe à l’antisémitisme généralisé qui a ultimement mené à l’Holocauste. En adoptant la déclaration universelle en 1948, le Canada et la communauté internationale ont affirmé avec raison : « plus jamais ».   

La Déclaration universelle des droits de l’homme inclut des mesures rigoureuses de protection de la liberté de religion, auxquelles font écho les lois fédérales et provinciales sur les droits de la personne et la Charte canadienne des droits et libertés. S’il est juste d’affirmer que la discrimination fondée sur la croyance, la religion et la race était au cœur du mouvement des droits de la personne, la journée d’aujourd’hui offre la parfaite occasion de nous demander si nous avons rempli notre objectif consistant à protéger les droits religieux individuels.  

Malheureusement, le Canada a un long passé de discrimination religieuse. En 1914, il a interdit d’accès presque toutes les personnes, sikhes pour la plupart (mais aussi hindoues et musulmanes), qui ont atteint les rives de la Colombie-Britannique à bord du Komagata Maru. En 1939, le Canada a refusé l’entrée à un autre navire, qui transportait cette fois-ci près de mille réfugiés juifs fuyant l’Allemagne nazie.  

Et nous commençons à peine à reconnaître le génocide culturel qu’a entrainé le système des pensionnats autochtones canadiens. La raison d'être des pensionnats, soit de déposséder les enfants autochtones de leur culture et spiritualité et de les mouler par endoctrinement sur la société eurochrétienne, a mené à la persécution de chefs spirituels, à l’interdiction de se soumettre à des pratiques spirituelles et à la destruction d’objets spirituels. Les torts causés se sont fait ressentir et continueront de se répercuter sur des générations de peuples autochtones partout au Canada.

Malgré cette histoire récente honteuse, la plupart des Canadiennes et des Canadiens croient que la discrimination religieuse ne constitue plus un problème au sein de la société contemporaine. Comme preuve de notre apprentissage des leçons fondamentales de la Déclaration universelle des droits de l’homme, nous citons le « multiculturalisme », les efforts récents de promotion de la réconciliation avec les peuples autochtones et la volonté de la population canadienne d’assurer la réinstallation de réfugiés syriens (musulmans).

Pourtant, à la suite des attentats terroristes de Paris le mois dernier, nous avons observé une hausse marquée des crimes haineux à l’endroit des musulmans : des agressions ont été commises à l’endroit de femmes portant le hijab, une mosquée a été incendiée et des Canadiennes et Canadiens d’origine musulmane se sont fait dire de « rentrer chez eux ».  Bien qu’il puisse s’agir des gestes d’une minorité haineuse, l’islamophobie continue de pointer l’horrible nez. Cette semaine à peine, Donald Trump, le meneur actuel de la course à l’investiture républicaine, appelait à l’interdiction d’entrée complète des musulmans aux États-Unis. 

Les nouveaux stéréotypes voulant que tous les adeptes de religion soient intrinsèquement rétrogrades, moins tolérants, moins informés ou étroits d’esprit s’avèrent moins extrêmes, mais probablement plus répandus que les agressions flagrantes. Il s’agit d’une forme différente de préjugés qui semble socialement acceptable parmi notre société laïque et beaucoup de personnes autrement « progressistes » ou « libérales ».

Bien sûr, cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas critiquer notre propre religion, foi ou croyance, celles des autres ou les religions en général. La Charte protège à juste titre la liberté de pensée et d’expression. Mais des critiques légitimes en lien avec la croyance ne peuvent pas mener à un traitement discriminatoire dans des domaines sociaux protégés (emploi, logement, services, contrats et adhésion à un syndicat), servir d’excuse au manquement à des obligations juridiques d’accommodement de convictions et de pratiques sincères rattachées à la croyance ou dégénérer en propos ou gestes haineux interdits aux termes du Code criminel

Et, il vaut la peine de le répéter, la protection des libertés et droits religieux s’accompagne de la responsabilité connexe du respect des droits d’autrui. Les droits relatifs à la croyance ne sont pas absolus et peuvent être restreints s’ils nuisent au traitement équitable et à la dignité d’autrui. C’est pourquoi la Commission ontarienne des droits de la personne (CODP) a élaboré en 2012 la Politique sur les droits de la personne contradictoires afin d’aider les personnes et organisations à composer avec les conflits de droits de la personne pouvant survenir au quotidien. Cette politique souligne l’importance d’entamer un dialogue respectueux entre les deux parties alléguant une entrave à leurs droits. Il s’agit de conversations difficiles que nous devons néanmoins avoir afin de combler les exigences des mesures législatives relatives aux droits de la personne.  

De plus, en nous adonnant à ces conversations difficiles, nous devons nous assurer de ne pas entreprendre de conciliation erronée de droits et de valeurs. Par exemple, une politique gouvernementale qui tentait d’interdire à Zunera Ishaq de porter le niqab durant sa cérémonie de citoyenneté a tourné, jusqu’à un certain point, en un affrontement entre les droits de minorités religieuses, les droits de la femme et les valeurs canadiennes. Or, les valeurs démocratiques canadiennes ne cherchent pas à étouffer les différences religieuses; elles se reflètent plutôt dans les droits et mesures de protection conférés par la Charte et les codes des droits de la personne. Le respect et l’accommodement de la diversité signifient que les gens ne sont pas forcés de laisser à la porte leurs convictions religieuses uniquement parce qu’ils évoluent dans un espace laïque.

Vu la place centrale qu’occupent les débats sur la religion dans l’esprit de beaucoup de personnes, il est particulièrement significatif que la CODP lance aujourd’hui sa Politique sur la prévention de la discrimination fondée sur la croyance mise à jour. Cette politique constitue un important pas vers un Ontario plus ouvert et inclusif, où les différences sur le plan de nos convictions profondes, qu’elles soient religieuses, athées ou autres, sont valorisées, respectées et prises en compte. Bref, la politique protège tout le monde. La journée du 10 décembre et la publication de cette politique nous rappellent qu’en 2015, aucune personne ne devrait devoir vivre dans la peur ou se cacher en raison des convictions et pratiques rattachées à sa croyance. Voilà la promesse de la Déclaration universelle des droits de l’homme.