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9.5. Intersections avec la race et les motifs connexes

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Composer avec le racisme dans mon milieu de travail a considérablement contribué au développement de mes troubles mentaux.

– Participant(e) au sondage

Les médecins tiennent pour acquis que, vu que je suis femme et immigrante, je dois accepter d’être subjuguée ou traitée comme moins qu’une adulte autonome.

– Participante au sondage

Nous avons entendu parler de différents types de discriminations intersectantes exercées sur la base de la race, de la citoyenneté, de l’origine ethnique, du lieu d’origine, de l’ascendance, de la couleur ou de la croyance, en plus de troubles mentaux ou de dépendances. On nous a dit comment les perceptions des handicaps des gens peuvent contribuer à des perceptions négatives fondées sur la race de diverses manières. Par exemple, une personne nous a dit qu’elle avait été étiquetée comme « femme noire en colère » au travail en raison de ses symptômes de dépression.

La Metro Toronto Chinese and Southeast Asian Legal Clinic (MTCSALC) et le New Mennonite Centre ont déclaré que la discrimination et les obstacles à l’intégration peuvent influer sur la santé mentale des immigrants au Canada. Certaines personnes ont dit qu’elles avaient de la difficulté à divulguer leurs troubles mentaux au sein de leur communauté.

Selon la MTCSALC, la stigmatisation sociale dont sont victimes les personnes aux prises avec des troubles mentaux et des dépendances peut être plus durement ressentie par les immigrants et les personnes issues de communautés racialisées [65]  parce que la stigmatisation s’ajoute aux nombreux défis auxquels ces derniers sont déjà confrontés, et non pas parce que ces problèmes sont plus fréquents dans ces communautés. Dans un groupe de discussion organisé par l’Ethno-Racial Disability Coalition of Ontario (ERDCO), une personne a dit que le fait de demander un logement ou de parler pour affirmer ses droits s’est avéré beaucoup plus difficile lorsqu’il a fallu composer avec des questions de discrimination raciale en raison des déséquilibres de pouvoir.

On nous a dit que des gens issus de communautés racialisées, en particulier les Canadiens d’origine africaine, subissent un traitement plus éprouvant que les personnes non racialisées dans les systèmes de santé mentale et de santé mentale médico-légale (où les gens sont aussi impliqués dans le système judiciaire). Les gens sont préoccupés par la forte représentation de personnes racialisées aux prises avec des troubles mentaux dans le système de justice pénale, et que les Canadiens d’origine africaine ayant des troubles mentaux sont plus susceptibles d’entrer dans le système de justice pénale que dans le système de santé mentale communautaire[66]. L’intervenant d’un organisme desservant les communautés racialisées a dit que des erreurs de diagnostic peuvent être fréquentes à cause des stéréotypes et des obstacles culturels et linguistiques.

Un corpus croissant de recherches internationales soutient bon nombre de ces constatations[67]. Certaines études laissent croire qu’il existe un taux plus élevé de contention et de détention chez les personnes d’ascendance africaine ou antillaise par rapport aux personnes d’autres origines ethniques, bien que les raisons de cette situation puissent être complexes[68].

a) Langue

La langue n’est pas un motif interdit aux termes du Code, mais elle peut être liée à l’origine ethnique ou au lieu d’origine[69]. Le Provincial Human Services and Justice Coordinating Committee (PHSJCC) et beaucoup d’autres intervenants ont dit que le manque de mesures d’adaptation aux besoins linguistiques pour les personnes aux prises avec des troubles mentaux des dépendances est un enjeu majeur.

Nous avons entendu que l’absence d’interprétation et de traduction peut mener à une incapacité d’accéder aux services ou à un traitement différent au sein des services. Des intervenants ont dit qu’il y a un problème systémique de traitement des personnes racialisées comme « non conformes » dans le milieu hospitalier lorsque leurs besoins culturels ou linguistiques ne sont pas satisfaits, et par conséquent les gens n’ont pas été bien traités (par exemple, ils ont été mal évalués ou on leur a retiré des privilèges hospitaliers). Le PHSJCC recommande au gouvernement de l’Ontario d’élaborer des cibles pour améliorer l’accès aux services de santé mentale et de lutte contre les dépendances pour les communautés ethno-raciales, notamment en améliorant l’accès à l’interprétation linguistique.

Le Réseau des services de santé en français de l’Est de l’Ontario (RSSFEO) nous a dit qu’il y a un manque prouvé de services en santé mentale pour les Franco-Ontariens[70]. Il recommande de reconnaître la langue comme élément de discrimination pour toute personne ayant un trouble mental ou une dépendance.

b) Croyance

Nous avons entendu comment les croyances des gens n’ont pas été prises en compte dans différents types de services utilisés par les personnes ayant des troubles mentaux et des dépendances. Certaines femmes ont été empêchées de porter leur hidjab à l’hôpital en raison de « problèmes de santé et de sécurité » ou ont dû retirer leurs vêtements en présence d’hommes. Nous avons également entendu parler de certains services qui ne respectent pas les besoins alimentaires fondés sur les croyances. Certaines personnes n’appartenant à aucune religion ont déclaré que, dans ces services, les points de vue non religieux étaient considérés comme un obstacle à la guérison.

 


 

[65] La race est un construit social. Le Rapport de la Commission sur le racisme systémique dans le système de justice pénale en Ontario a défini la racialisation comme « un processus  par lequel les sociétés assoient la notion que les races sont bien réelles, différentes et inégales, de façons qui importent pour la vie sociale, économique et politique ». Commission ontarienne des droits de la personne, Politique et directives sur le racisme et la discrimination raciale, Toronto, Imprimeur de la Reine pour l’Ontario, 2005, p. 12.

[66] Une étude réalisée à Montréal a également constaté que les Canadiens d’origine africaine sont surreprésentés dans les renvois de la police aux services psychiatriques d’urgence. G. Eric Jarvis et coll. « The Role of Afro-Canadian Status in Police or Ambulance Referral to Emergency Psychiatric Services », Psychiatric Services, vol. 56, no 6, 2005, p. 705.

[67] Des recherches menées aux É.-U., au R.-U., et certaines autres au Canada ont soutenu que les personnes d’ascendance africaine ou antillaise, en particulier les hommes et les personnes immigrantes, sont disproportionnément enclines à être représentées dans le système de santé mentale et de santé mentale médico-légale, et font l’objet d’un diagnostic de psychose ou de schizophrénie, quoiqu’il faille tenir compte de nombreux facteurs. Un rapport indique qu’il y a absence de statistique mais que les unités de psychiatrie médico-légale dans le Sud-ouest ontarien, (y compris le Centre de toxicomanie et de santé mentale), en fonction d’information anecdotique, semblent compter un nombre disproportionnément élevé d’hommes de couleur, notamment de Canadiens d’origine africaine. Pascale C. Annoual, Gilles Bibeau, Clem Marshall et Carlo Sterlin, Enslavement, Colonialism, Racism, Identity and Mental Health: Developing a new service model for Canadians of African DescentPhase I report, Toronto, CAMH, 2007. Accessible en ligne : Centre de toxicomanie et de santé mentale, www.camh.net/publications/resources_for_professionals/EACRIMH/eacrimh_report1107.pdf, p. 13; G. Eric Jarvis et coll. « High rates of psychosis for black inpatients in Padua and Montreal: Different Contexts, Similar Findings », Soc. Psychiatri. Epidemiol., vol. 46, 2011, p. 247; Kwame McKenzie et K. Bhui, « Institutional Racism in Mental Health Care », B.M.J. vol. 334, mars 2007, p. 649.

[68] G. E. Jarvis, Emergency Psychiatric Treatment of Immigrants with Psychosis, Maîtrise ès sciences en psychiatrie, Département de psychiatrie, Université McGill, Faculté de médecine, 2002 [inédit], p. 91; Amos Bennewith et coll. « Ethnicity and Coercion among Involuntarily Detained Psychiatric In-patients » British J. of Psychiatry vol. 196, 2010, p. 75; Rachel Spector, « Is There Racial Bias in Clinicians’ Perceptions of the Dangerousness of Psychiatric Patients? A Review of the Literature », J. of Mental Health, vol. 10, no 1, 2001, p. 5.

[69] Voir Commission ontarienne des droits de la personne, Politique concernant la discrimination et la langue, Toronto, Imprimeur de la Reine pour l’Ontario, 1996. Accessible en ligne : CODP, http://www.ohrc.on.ca/fr/politique-concernant-la-discrimination-et-la-langue.

[70] Soixante-dix-sept pour cent des Francophones en Ontario ont un accès rare ou inexistant à des centres de traitement de l’alcoolisme en français; 66 p. 100 d’entre eux ont un accès rare ou inexistant à des centres de traitement des toxicomanies en français et 53 p. 100 d’entre eux ont un accès rare ou inexistant à des services en santé mentale (à l’exception des hôpitaux psychiatriques) en français. Commissariat aux services en français, Rapport spécial sur la planification des services de santé en français en Ontario, Imprimeur de la Reine pour l’Ontario, 2009, p. 10, tel que cité dans le mémoire du Réseau des services de santé en français de l’Est de l’Ontario.

 

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